Ordre de priorité des créanciers en liquidation judiciaire : où se situe votre facture dans la file d'attente ?

💡 Réponse directe

En liquidation judiciaire, les créanciers sont payés dans un ordre légal strict défini par le Code de commerce. Les fournisseurs sans garantie (créanciers chirographaires) arrivent en dernier rang — après les salariés, les frais de justice, les créanciers postérieurs et les créanciers avec sûreté réelle. Dans plus de 95 % des liquidations judiciaires, les créanciers chirographaires ne récupèrent rien ou moins de 5 % de leur créance. La seule façon d’améliorer son rang est d’avoir une garantie réelle (CRP, gage, nantissement) ou d’être créancier postérieur utile.

Votre client vient d’être placé en liquidation judiciaire. Votre première question : est-ce que je vais récupérer quelque chose ? La réponse dépend entièrement de votre rang dans l’ordre de priorité

Cet article explique cet ordre, les taux de recouvrement réels par catégorie, et les actions que vous devez impérativement mener dans les délais légaux.

Sommaire - Ordre de priorité des créanciers en liquidation judiciaire : où se situe votre facture dans la file d’attente ?

Ordre de priorité des créanciers en liquidation judiciaire : où se situe votre facture dans la file d'attente ?

1. La pyramide des créanciers : les 6 rangs en liquidation judiciaire

 

Rang

Catégorie

Exemples

Taux de recouvrement réel

Hors masse

Créanciers avec droit de propriété (CRP) ou fiducie

Fournisseurs avec CRP valide, fiduciaires

Quasi-100 % sur les biens identifiés — hors du partage

1

Super-privilège

Salaires (60 derniers jours) garantis par l’AGS

Salariés

100 % — garanti par l’AGS (Association pour la Gestion du régime de garantie des créances des Salariés)

2

Frais de justice

Frais engagés pour la procédure collective

Rémunération du liquidateur, frais d’expertise, frais de vente

100 % — prélevés en premier sur les actifs

3

Créanciers postérieurs utiles

Créanciers dont la créance est née après le jugement d’ouverture et est utile à la procédure

Fournisseurs continuant à livrer après le jugement sur autorisation

Prioritaire — payés avant les créanciers antérieurs

4

Créanciers avec sûreté réelle spéciale

Créanciers bénéficiant d’une hypothèque, d’un gage ou d’un nantissement

Banques avec hypothèque sur immobilier, créanciers gagistes

Variable selon valeur de l’actif nanti — souvent 60-80 %

5

Trésor public (impôts directs et indirects)

État (TVA, IS, cotisations…) — créancier privilégié

DGFiP, URSSAF (cotisations > 5 créanciers)

Variable — souvent partiellement remboursé

6

Créanciers chirographaires

Créanciers sans garantie — la quasi-totalité des fournisseurs

Fournisseurs, prestataires, clients ayant versé un acompte

> 95 % des cas : 0 % à 5 % — souvent rien

 

📊 La réalité statistique des liquidations judiciaires

95 % des liquidations se clôturent pour insuffisance d’actif — c’est-à-dire que les actifs de l’entreprise ne permettent même pas de rembourser les créanciers prioritaires.

Sur 1 000 € de créances chirographaires en liquidation : en moyenne 8 à 12 € sont récupérés — soit 1 à 1,2 %. Dans la grande majorité des cas, le chiffre est 0 €.

La conclusion est brutale mais nécessaire : si vous êtes créancier chirographaire en liquidation, comptez la créance comme perdue et activez les mécanismes fiscaux de déduction (provision, perte, TVA).



2. Pourquoi les fournisseurs sont presque toujours les derniers

La plupart des fournisseurs d’une entreprise en liquidation n’ont aucune garantie — ils ont livré des marchandises ou fourni des services à crédit, sans exiger de gage, de nantissement ou d’hypothèque. Ils sont donc créanciers chirographaires

La seule exception naturelle serait s’ils avaient une clause de réserve de propriété (CRP) valable — dans ce cas, les marchandises non payées et identifiables leur appartiennent encore et sortent de la masse à distribuer.

3. Comment sortir du rang chirographaire : les 3 voies

Voie 1 — La clause de réserve de propriété (avant la liquidation)

C’est la protection la plus efficace pour un vendeur de marchandises. Avec une CRP valide (CGV acceptées avant livraison, biens identifiables), vous pouvez revendiquer les marchandises non payées dans les 3 mois du jugement d’ouverture. Vous sortez littéralement de la masse des créanciers — vos biens ne sont pas distribués avec les actifs de l’entreprise. C’est la seule vraie protection préventive.

 

Voie 2 — Devenir créancier postérieur utile

Si le liquidateur vous demande de continuer à livrer après le jugement d’ouverture (pour terminer des commandes en cours ou assurer la continuité pendant la période de cession), vos nouvelles factures sont des créances postérieures — payées en priorité avant les anciens créanciers. Attention : n’acceptez de livrer après jugement que si le liquidateur s’engage à vous payer — pas sur la seule demande du dirigeant.

 

Voie 3 — Garantie réelle constituée avant la procédure

Si vous avez obtenu un gage sur stock ou un nantissement sur les actifs de votre client avant l’ouverture de la procédure (au moins 40 jours avant le jugement — délai de la période suspecte), vous êtes créancier avec sûreté réelle et bénéficiez d’un rang bien supérieur. Ces sûretés constituées pendant la période suspecte peuvent être annulées par le liquidateur.

 

 

4. Les actions obligatoires et leurs délais

Stade de la procédure

Délai pour agir

Action obligatoire

 

Jugement d’ouverture publié au Bodacc

2 mois à compter de la publication

Déclarer votre créance au mandataire judiciaire par LRAR — délai de forclusion si vous ne déclarez pas

 

Si vous détenez des marchandises non payées (CRP valide)

3 mois à compter du jugement

Exercer la revendication auprès du mandataire — délai de forclusion si vous ne revendiquez pas

 

Inventaire des actifs par le liquidateur

Variable

Vérifier l’état des créances admises — contester si votre créance est mal classée ou sous-évaluée

 

Réalisation des actifs (ventes)

Variable

Surveiller la procédure — s’opposer à des ventes à prix sous-évalués si cela lèse les créanciers

 

État de répartition

Dépend des actifs disponibles

Vérifier votre rang dans la répartition — contester si mal classé. Les chirographaires sont payés en dernier si actifs suffisants.

 

 

⚠️ La déclaration de créance : délai impératif de 2 mois

L’article L.622-26 du Code de commerce fixe le délai de déclaration à 2 mois à compter de la publication du jugement d’ouverture au Bodacc. Ce délai est de forclusion — si vous ne déclarez pas dans ce délai, votre créance est éteinte et vous ne pouvez plus rien réclamer, même si des actifs sont distribués.

Comment s’assurer de ne jamais le manquer : alerte Bodacc sur le SIREN de vos clients importants — gratuit, automatique, instantané.

5. Ce que vous pouvez encore faire si votre client est déjà en liquidation

  • Si le jugement a été publié il y a moins de 2 mois

    Déclarez votre créance immédiatement. Même si vous êtes chirographaire et que les chances de recouvrement sont faibles, la déclaration est obligatoire pour : (1) figurer dans les créanciers en cas de distribution (même partielle), (2) bénéficier de la déduction fiscale de la créance irrécouvrable, (3) obtenir le certificat d’irrécouvrable qui permet la récupération de TVA.

     

    Si vous détenez des marchandises non payées avec CRP valide

    Agissez dans les 3 mois du jugement. Envoyez une lettre LRAR au mandataire judiciaire avec : copie de vos CGV contenant la CRP, liste des marchandises revendiquées avec identification précise, copies des factures impayées.

     

    Si le délai de 2 mois est dépassé

    Votre créance est forclose pour la procédure collective. Vous ne pouvez plus la déclarer. Cependant :

    • Si des actifs sont vendus au-delà des 2 mois et que vous avez une CRP, certains tribunaux admettent une tardivité de bonne foi — consultez un avocat
    • Activez les mécanismes fiscaux : provision, perte, récupération TVA
    • Si la liquidation révèle des fautes de gestion du dirigeant, une action en responsabilité peut être envisagée (art. L.651-2 C.com.)

6. FAQ — Questions fréquentes

  • Comment déclarer ma créance en pratique ?

    La déclaration se fait par LRAR au mandataire judiciaire (son nom et adresse figurent sur le jugement publié au Bodacc). Elle doit mentionner : montant précis de la créance, nature (fournitures, prestations), références des factures, taux de pénalités de retard courus, et toute sûreté éventuellement constituée.

    Que se passe-t-il si je livre après le jugement sans accord du liquidateur ?

    Si vous livrez sans autorisation du liquidateur, vos nouvelles factures ne bénéficient pas du rang prioritaire des créanciers postérieurs. Vous restez chirographaire pour ces nouvelles livraisons — et vous prenez le risque de ne jamais être payé. Ne jamais livrer après jugement sans accord écrit du liquidateur

    Mon client était en redressement judiciaire, converti en liquidation. Dois-je redéclarer ma créance ?

    Non — si vous avez déclaré votre créance lors du redressement judiciaire, la déclaration est automatiquement prise en compte lors de la conversion en liquidation. Vérifiez que votre créance figure bien dans l’état des créances admises.

En résumé

En liquidation judiciaire, un fournisseur sans garantie est créancier chirographaire de dernier rang — il récupère statistiquement moins de 5 % de sa créance, et le plus souvent rien. La prévention (CRP dans les CGV, surveillance Bodacc) est la seule protection réelle.

Si votre client est déjà en liquidation : déclarez votre créance dans les 2 mois (forclusion sinon), exercez votre CRP dans les 3 mois si applicable, et activez les mécanismes fiscaux pour limiter l’impact.

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