Mon débiteur a fait un concordat amiable : quels droits ai-je en tant que créancier non signataire ?

💡 Réponse directe

En France, les procédures de prévention amiable (mandat ad hoc, conciliation, accord de médiation) sont des accords contractuels privés qui ne s’imposent qu’aux parties qui les ont signés. Si vous n’avez pas été invité à négocier ou si vous avez refusé de signer, vous n’êtes pas lié par l’accord : vos droits sont intacts, vous pouvez relancer, mettre en demeure et engager des poursuites judiciaires contre votre débiteur. Seule exception : une procédure collective (sauvegarde, redressement, liquidation) — qui, elle, suspend les poursuites de tous les créanciers.

 

Votre débiteur vous informe qu’il a conclu un accord avec certains de ses créanciers — banques, fournisseurs principaux — pour restructurer ses dettes. On vous dit que ‘tout est arrangé’ et qu’il faudra ‘attendre’. Mais vous n’avez pas été convié, vous n’avez pas signé. Est-ce que cet accord vous lie ? Devez-vous attendre ?

Sommaire - Mon débiteur a fait un concordat amiable : quels droits ai-je en tant que créancier non signataire ?

Mon débiteur a fait un concordat amiable : quels droits ai-je en tant que créancier non signataire ?

1. Les procédures amiables françaises : une cartographie

Il existe en France plusieurs procédures de prévention des difficultés des entreprises. Certaines sont purement amiables et confidentielles ; d’autres basculent dans une procédure collective avec des effets opposables à tous. Ne pas les confondre est essentiel.

Procédure

Nature

Publicité

Effet sur les créanciers non-parties

Mandat ad hoc

Confidentielle

Aucune

Aucun effet

Conciliation non homologuée

Confidentielle

Aucune

Aucun effet

Conciliation homologuée

Semi-publique

Homologation publiée au registre

Délais de grâce possibles — pas d’arrêt des poursuites

Sauvegarde

Collective — judiciaire

Bodacc

Arrêt des poursuites — déclaration de créance obligatoire

Redressement judiciaire

Collective — judiciaire

Bodacc

Arrêt des poursuites — déclaration de créance obligatoire

Liquidation judiciaire

Collective — judiciaire

Bodacc

Arrêt des poursuites — distribution par le liquidateur



2. Le principe fondamental : l'accord ne lie que ses signataires

L’article 1199 du Code civil pose le principe de l’effet relatif des contrats : ‘Le contrat ne crée d’obligations qu’entre les parties.’ Un accord de conciliation ou de mandat ad hoc est un contrat privé entre le débiteur et les créanciers qui l’ont signé.

Si vous n’êtes pas signataire de cet accord :

  • L’accord ne peut pas vous imposer un délai de paiement
  • L’accord ne peut pas réduire le montant de votre créance
  • L’accord ne suspend pas votre droit d’engager des poursuites
  • Votre créance reste entière et exigible à sa date d’échéance

 

3. Tableau des droits du créancier non signataire selon la procédure

Procédure amiable

Confidentialité

Opposable aux non-signataires ?

Vos droits si vous n’avez pas signé

Mandat ad hoc (art. L.611-3 C.com.)

Totale

Non

Aucun effet sur votre créance — vous pouvez poursuivre normalement

Conciliation (art. L.611-4 C.com.) — accord non homologué

Totale

Non

Aucun effet — accord privé entre parties signataires uniquement

Conciliation homologuée par le tribunal (art. L.611-8 II C.com.)

Partielle — homologation publiée

Non sur les créanciers non-parties

Vous pouvez toujours poursuivre. Mais l’homologation peut déclencher des délais de grâce judiciaires.

Sauvegarde (procédure collective — pas amiable)

Publique (Bodacc)

Oui — arrêt des poursuites

Suspension des poursuites. Déclaration de créance obligatoire sous 2 mois.

Accord de médiation commerciale

Totale

Non

Aucun effet — accord bilatéral privé

 

4. Tableau des réponses à vos 6 questions pratiques

Question

Réponse

Explication

Puis-je continuer à relancer mon débiteur ?

✅ Oui

L’accord amiable non homologué n’affecte pas vos droits. Continuez à relancer normalement.

Puis-je engager une procédure simplifiée (loi 2026-307) ?

✅ Oui

Aucun arrêt des poursuites — la procédure simplifiée reste disponible si la créance est incontestée et entre commerçants.

Puis-je déposer une requête en injonction de payer ?

✅ Oui

Votre droit d’agir en justice est intact.

L’accord peut-il imposer un délai de paiement que je n’ai pas accepté ?

❌ Non

Un contrat ne crée d’obligations qu’entre ses parties (art. 1199 C.civ.) — vous n’avez pas signé, vous n’êtes pas lié.

Puis-je demander l’ouverture d’une procédure collective si je suis impayé ?

✅ Oui — si cessation de paiements

Si le débiteur est en cessation de paiements malgré l’accord amiable, vous pouvez assigner en ouverture de redressement judiciaire.

L’accord homologué par le tribunal change-t-il quelque chose ?

🟡 Partiellement

L’homologation peut inciter le tribunal à accorder des délais de grâce. Mais elle ne suspend pas vos poursuites.

 

5. Quand l'accord amiable devient-il contraignant même sans votre signature ?

Exception 1 — Le plan de sauvegarde ou de redressement judiciaire

Si la procédure amiable échoue et que le débiteur passe en procédure collective (sauvegarde ou redressement judiciaire), le tribunal peut homologuer un plan de continuation qui impose des délais de paiement à tous les créanciers, y compris ceux qui n’ont pas participé à l’accord amiable. À ce stade, vous devez avoir déclaré votre créance dans les délais (2 mois depuis le Bodacc) pour être inclus dans le plan.

 

Exception 2 — L’accord homologué et les délais de grâce judiciaires

Lorsqu’un accord de conciliation est homologué par le tribunal (art. L.611-8 II), cette homologation est publiée. Si vous assignez votre débiteur en paiement, le juge peut lui accorder des délais de grâce (art. 1343-5 C.civ.) en tenant compte de l’effort de restructuration en cours. Ce n’est pas automatique — mais c’est un risque à prendre en compte dans votre stratégie.

 

Exception 3 — Clause de votre propre contrat

Vérifiez votre contrat avec le débiteur : certains contrats-cadres ou CGV comportent des clauses de renégociation de bonne foi ou de standstill (gel des poursuites pendant une période). Si votre contrat contient une telle clause, elle peut vous lier même sans avoir signé l’accord amiable.

6. Stratégie recommandée : agir ou attendre ?

La tension est réelle : agir trop vite peut sembler peu coopératif et précipiter la procédure collective (nuisant à tous les créanciers) ; attendre trop longtemps peut vous faire perdre des droits.

Si la créance est modeste (< 5 000 €) et le débiteur encore solvable

Prendre contact amiablement, demander des garanties (acompte, plan d’apurement), et participer si vous êtes invité à l’accord. L’exclusion peut signifier que votre créance était jugée trop petite — mais vous conservez tous vos droits.

 

Si la créance est importante (> 10 000 €) et vous avez été délibérément exclu

Agir sans délai. Envoyer une mise en demeure LRAR et déclencher la procédure simplifiée ou l’injonction de payer. Ne pas attendre que l’accord amiable échoue et que le débiteur bascule en procédure collective — à ce stade, vous ne récupérerez probablement rien ou très peu.

 

Si vous avez été invité mais avez refusé de signer

Votre refus est légitime — mais assurez-vous que les conditions de l’accord ne vous étaient pas favorables. Si vous êtes le seul à refuser et que le débiteur entre en procédure collective, le tribunal peut interpréter votre refus comme un comportement abusif dans certains contextes. Documentez vos raisons par écrit.

7. FAQ — Questions fréquentes

Le débiteur m’a dit que son accord amiable m’impose un moratoire de 18 mois. Est-ce vrai ?

Non — sauf si vous avez signé cet accord ou si votre contrat prévoit une clause équivalente. Un accord amiable (mandat ad hoc, conciliation) ne peut pas imposer de délai à un créancier non-partie. Envoyez une LRAR confirmant que vous ne reconnaissez pas ce moratoire et que votre créance reste exigible.

Dois-je déclarer ma créance dans une conciliation ?

Non — la déclaration de créance est une obligation spécifique aux procédures collectives (sauvegarde, redressement, liquidation) — sous peine de forclusion. Dans une conciliation ou un mandat ad hoc, il n’y a pas de déclaration de créance — c’est une négociation privée.

Si je poursuis mon débiteur pendant son accord amiable, est-ce que cela peut nuire à mon dossier ?

Non juridiquement — vous ne commettez aucune faute en exerçant vos droits. En revanche, si votre poursuite précipite la défaillance du débiteur (par exemple en obtenant une saisie qui stoppe son activité), d’autres créanciers pourraient vous reprocher d’avoir aggravé la situation. C’est un risque de réputation, pas un risque légal.

Comment savoir si mon débiteur est en procédure collective et non simplement en accord amiable ?

Vérifier sur bodacc.fr : les procédures collectives (sauvegarde, redressement, liquidation) sont publiées au Bodacc obligatoirement. Le mandat ad hoc et la conciliation non homologuée sont confidentiels et n’apparaissent pas. Si rien ne figure au Bodacc, votre débiteur est en procédure amiable — et vous pouvez agir.

En résumé

Un accord amiable (mandat ad hoc, conciliation) conclu par votre débiteur avec d’autres créanciers ne vous lie pas si vous n’avez pas signé. Vos droits sont intacts : relances, mise en demeure, procédure simplifiée, injonction de payer. La seule situation qui suspend vos droits est l’ouverture d’une procédure collective — sauvegarde, redressement ou liquidation — qui, elle, est publique et s’impose à tous.

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