Constructeur et promoteur immobilier : comment recouvrer les appels de fonds impayés en VEFA ?

La Vente en l’État Futur d’Achèvement (VEFA) est un contrat dont la logique financière repose entièrement sur les appels de fonds progressifs versés par l’acquéreur au fur et à mesure de l’avancement du chantier. Quand un acquéreur ne règle pas un appel de fonds, le promoteur ou le constructeur se retrouve dans une situation délicate : continuer à financer le chantier sans être payé, ou prendre le risque de résoudre la vente et de revendre le lot — avec toutes les conséquences commerciales et financières que cela implique.

Le recouvrement d’un appel de fonds VEFA obéit à des règles spécifiques qui le distinguent radicalement d’une créance commerciale ordinaire : l’échelonnement légal des appels de fonds est encadré par le Code de la construction et de l’habitation (CCH), la résolution de la vente est une option contractuelle aux conséquences majeures, et le GFA (Garantie Financière d’Achèvement) impose des obligations particulières.

Ce guide décortique le cadre légal de la VEFA, les procédures de recouvrement adaptées, et les clauses contractuelles indispensables pour protéger votre trésorerie en cas d’acquéreur défaillant.

Sommaire - Constructeur et promoteur immobilier : comment recouvrer les appels de fonds impayés en VEFA ?

Constructeur et promoteur immobilier : comment recouvrer les appels de fonds impayés en VEFA ?

1. La VEFA et ses appels de fonds : le cadre légal

La Vente en l’État Futur d’Achèvement est régie par les articles L.261-1 et suivants du Code de la construction et de l’habitation (CCH). Son principe fondamental est simple : l’acquéreur paie le prix au fur et à mesure de la construction, et le transfert de propriété est progressif.

L’échelonnement légal des appels de fonds

L’article R.261-14 du CCH fixe des plafonds légaux pour les appels de fonds à chaque stade d’avancement. Ces plafonds sont impératifs — le promoteur ne peut pas appeler plus que le pourcentage autorisé à chaque stade, même si l’acquéreur y consent.

 

Stade d’avancement

Plafond légal (% prix total)

Appel cumulé max

Base légale et condition

Signature de l’acte authentique de vente

5 %

5 %

Art. R.261-14 CCH — dépôt sur compte séquestre si GFA non obtenu

Achèvement des fondations

35 %

35 %

Art. R.261-14 CCH — constat par attestation architecte/maître d’œuvre

Mise hors d’eau (toiture + fermeture)

70 %

70 %

Art. R.261-14 CCH — constat par attestation

Achèvement des travaux

95 %

95 %

Art. R.261-14 CCH — constat avant remise des clés

Mise à disposition du logement (livraison)

5 %

100 %

Art. R.261-14 CCH — réserves levées ou consignation du solde

 

Ces plafonds sont des maxima — un promoteur peut appeler moins à chaque stade mais jamais plus. Appeler plus que le plafond légal est une infraction pénale (art. L.261-12 CCH) et rend l’appel nul et non avenu.

 

La preuve de l’avancement : l’attestation obligatoire

Chaque appel de fonds doit être accompagné d’une attestation de l’architecte ou du maître d’œuvre certifiant l’atteinte du stade d’avancement correspondant. Sans cette attestation, l’appel de fonds n’est pas exigible

Si l’acquéreur conteste l’avancement, c’est cette attestation qui tranche. Conservez-la soigneusement — c’est votre pièce de preuve principale en cas de litige.

 

⚖️ La VEFA et la procédure simplifiée de la loi 2026-307

La procédure simplifiée (art. L.126-1 CPCE) est réservée aux créances entre commerçants. Elle est applicable si votre acquéreur est une société commerciale (SARL, SAS, investisseur institutionnel) — ce qui est assez fréquent sur les programmes immobiliers de bureau ou de résidences services.

En revanche, pour un acquéreur particulier — ce qui est le cas dans la grande majorité des VEFA résidentielles — la procédure simplifiée n’est pas applicable. Le recouvrement passe alors par l’injonction de payer ou la résolution de la vente.

2. Pourquoi un acquéreur ne paie pas un appel de fonds : les 5 causes principales

Cause de la défaillance

Situation de l’acquéreur

Fréquence

Stratégie optimale

Perte du financement bancaire

La banque retire son offre de prêt ou réduit son financement — l’acquéreur n’a plus les moyens de payer

Très fréquente en 2025-2026 — remontée des taux

Vérifier si condition suspensive de financement encore valable — si oui, résolution sans pénalité

Difficulté financière personnelle

Divorce, chômage, surendettement — l’acquéreur ne peut plus honorer ses appels

Fréquente

Négocier un étalement sur les 1-2 prochains appels puis résoudre si échec

Contestation de l’avancement des travaux

L’acquéreur conteste que le stade justifiant l’appel a bien été atteint

Moins fréquente

Fournir l’attestation architecte/maître d’œuvre — si contestée, référé-provision

Mauvaise foi / spéculation

Investisseur qui spécule sur une revente et cherche à rompre le contrat

Peu fréquente

Résolution immédiate + conservation des sommes + revente rapide du lot

Problème administratif (notaire, banque)

Délai de traitement bancaire ou erreur administrative

Fréquente mais temporaire

Relance courte — régularisation généralement rapide

 

Le contexte 2025-2026 : perte de financement en hausse

En 2025-2026, la cause la plus fréquente de défaillance sur appels de fonds VEFA est la perte ou la réduction du financement bancaire. La remontée des taux d’intérêt depuis 2022 a généré des milliers de situations où l’offre de prêt initialement obtenue n’est plus suffisante pour financer l’acquisition : la banque réduit son financement ou retire son accord, et l’acquéreur ne peut plus honorer ses engagements.

Ce scénario est particulièrement complexe car il peut interférer avec les conditions suspensives du contrat VEFA : si une condition suspensive d’obtention du prêt est encore en cours au moment de la défaillance, la résolution peut être sans pénalité pour l’acquéreur. Vérifiez systématiquement si les conditions suspensives sont purgées.

3. Les procédures de recouvrement disponibles : comparatif complet

Procédure

Quand l’utiliser

Délai estimé

Avantage / Limite

Résolution contractuelle (clause résolutoire)

Acquéreur défaillant sur 2+ appels de fonds malgré mise en demeure restée sans effet

2 à 6 mois

Conserve les sommes versées + revend le lot — nécessite une clause contractuelle solide

Assignation en paiement (TJ)

Acquéreur qui conteste ou négocie — on veut l’obliger à payer sans résoudre la vente

6 à 18 mois

Conserve la vente mais lente — acquéreur peut bloquer longtemps

Référé-provision (TJ)

Créance non sérieusement contestable — obtenir une provision en urgence

2 à 6 semaines

Rapide mais n’obtient qu’une provision — exécution forcée ensuite

Résolution judiciaire (TJ)

Pas de clause résolutoire ou clause contestée — résolution demandée au juge

12 à 24 mois

Lente et coûteuse — à éviter si clause contractuelle solide

Procédure simplifiée (loi 2026-307)

Créance incontestée entre commerçants — si acquéreur est une société commerciale

~6 semaines

Applicable uniquement si acquéreur est commerçant — inapplicable si particulier

 

Le choix entre ces procédures dépend principalement de votre objectif : voulez-vous récupérer l’argent en maintenant la vente (assignation, référé-provision), ou voulez-vous récupérer le lot et le revendre plus avantageusement (résolution) ?

4. La résolution de la vente : avantages, conditions et conséquences

La résolution de la vente est souvent la procédure la plus intéressante pour le promoteur en cas de défaillance avérée de l’acquéreur. Elle met fin au contrat et permet de revendre le lot à un nouveau client.

Les deux voies de résolution

La résolution contractuelle (clause résolutoire) — si votre acte de vente contient une clause résolutoire valide, la vente peut être résolue sans intervention judiciaire. Le notaire constate la résolution. Cette voie est rapide (2 à 4 mois) mais nécessite que la clause soit bien rédigée et que les conditions soient scrupuleusement respectées (mise en demeure préalable, délai de 30 jours).

La résolution judiciaire — en l’absence de clause résolutoire ou si l’acquéreur la conteste, vous devez saisir le tribunal judiciaire pour demander la résolution. Cette voie est plus longue (12 à 24 mois) et coûteuse.

 

Ce que vous conservez en cas de résolution

En cas de résolution pour faute de l’acquéreur, vous pouvez conserver les sommes versées (dépôt de garantie + appels de fonds reçus) à titre de dommages et intérêts. Cette conservation est prévue dans les clauses pénales du contrat.

Selon les dispositions contractuelles et les circonstances, les sommes conservées peuvent représenter 5 à 35 % du prix total (le dépôt de garantie de 5 % + les appels de fonds versés). Ajoutez à cela la revente du lot — souvent à un prix supérieur dans un marché en hausse — et la résolution peut être plus avantageuse que la poursuite de la vente

 

Les obligations lors de la résolution

La résolution n’est pas sans contraintes pour le promoteur :

  • Respecter la procédure contractuelle de mise en demeure préalable (délai minimum de 30 jours)
  • Rembourser à l’acquéreur les sommes versées au-delà de ce que vous êtes autorisé à conserver (déduction des frais engagés, pénalités contractuelles)
  • Si un GFA couvre le programme, informer le garant de la résolution et des sommes en jeu

5. La séquence de recouvrement étape par étape

Stade

Délai

Action

Fondement légal / contrat

Rappel

J+7

Appel téléphonique ou email au gestionnaire de crédit ou à la banque de l’acquéreur : ‘Votre appel de fonds de X € est arrivé à échéance — peut-être un délai de traitement bancaire ? Merci de régulariser sous 5 jours.’

Contrat de vente VEFA — référence à l’échéancier contractuel

Relance formelle

J+15

Courrier recommandé. Mentionner le montant exact, l’avancement des travaux attesté, la base légale (art. R.261-14 CCH). ‘Conformément à l’attestation d’avancement jointe, l’appel de fonds correspondant à l’étape [X] est exigible depuis le [date].’

Attestation d’avancement des travaux jointe — R.261-14 CCH

Mise en demeure

J+30

LRAR : mise en demeure de payer l’appel de fonds + intérêts contractuels dans les 15 jours. Mention de la clause résolutoire et des conséquences de la défaillance (résolution de la vente, conservation des sommes versées).

Clause résolutoire du contrat — art. 1224 Code civil

Assignation en référé-provision

J+45

Si la créance est non contestée et que l’acquéreur ne donne aucune suite : saisir le TJ en référé pour obtenir une provision. Délai d’audience : 2 à 6 semaines.

Art. 835 CPC — référé-provision

Résolution de la vente

J+60 à J+90

Si l’acquéreur ne paie toujours pas et que vous souhaitez résoudre la vente : constater la résolution selon la clause résolutoire (acte notarié) ou saisir le TJ pour résolution judiciaire.

Clause résolutoire contractuelle ou art. 1227 Code civil

 

À quel stade déclencher la résolution plutôt que le recouvrement ?

La règle pratique : si l’acquéreur ne donne aucun signe de vie après la mise en demeure et que ses sommes versées sont suffisantes pour couvrir vos frais et dégager une indemnité satisfaisante, la résolution est préférable à une longue procédure d’assignation. Si l’acquéreur communique, propose un plan de règlement crédible, ou si le solde non payé est faible, l’assignation ou le référé-provision est plus adapté.



6. Le GFA et son impact sur les impayés

La Garantie Financière d’Achèvement (GFA) est une garantie obligatoire en VEFA (art. L.261-10-1 CCH) qui protège les acquéreurs en garantissant que le programme sera achevé même si le promoteur défaille. Elle est fournie par un établissement de crédit ou une compagnie d’assurance.

La GFA ne protège pas le promoteur contre les impayés

Il est important de comprendre que la GFA protège l’acquéreur contre la défaillance du promoteur, pas le promoteur contre la défaillance de l’acquéreur. Le GFA ne joue pas en votre faveur en cas d’appel de fonds impayé.

 

Les obligations du promoteur vis-à-vis du garant

En cas de défaillance d’un acquéreur et surtout si la résolution est envisagée, il est important d’informer le garant GFA des incidents de paiement qui pourraient affecter le plan de financement du programme. Le garant peut être amené à intervenir si le plan de trésorerie du programme est déséquilibré par les impayés.

 

L’impact des impayés sur le financement du chantier

Un ou plusieurs appels de fonds impayés peuvent créer un déséquilibre dans la trésorerie du programme. Si votre plan de financement est serré, ces impayés peuvent retarder le chantier — ce qui crée à son tour des pénalités de retard envers les autres acquéreurs. La gestion proactive des impayés est donc aussi un enjeu de protection des autres acquéreurs du programme

 

7. Les clauses contractuelles indispensables

Clause

Pourquoi elle est indispensable

Formulation recommandée

Clause résolutoire automatique pour défaut de paiement

Permet de résoudre la vente sans procédure judiciaire longue et coûteuse en cas de défaillance

‘À défaut de paiement d’un appel de fonds dans les 30 jours d’une mise en demeure par LRAR restée sans effet, la vente sera résolue de plein droit, les sommes versées demeurant acquises au vendeur à titre d’indemnité.’

Taux des intérêts de retard

Fonde les intérêts contractuels plus élevés que le taux légal civil

‘Tout retard de paiement d’un appel de fonds donnera lieu à des intérêts de retard au taux de [X %] par mois à compter de la date d’échéance.’

Clause de pénalité en cas de résolution

Définit le montant conservé en cas de résolution — réduit l’aléa judiciaire

‘En cas de résolution de la vente du fait de l’acquéreur, les sommes versées (dépôt de garantie + appels de fonds) resteront acquises au vendeur à titre de dommages et intérêts forfaitaires, sans préjudice d’autres réclamations.’

Attestation d’avancement comme condition d’exigibilité

Précise que l’appel est exigible dès l’attestation architecte — évite les contestations sur l’avancement

‘Chaque appel de fonds est exigible dès la délivrance de l’attestation de l’architecte ou du maître d’œuvre certifiant l’achèvement de l’étape correspondante.’

Clause de solidarité entre co-acquéreurs

Protège si un des co-acquéreurs défaille (couple qui se sépare)

‘Les acquéreurs sont solidairement tenus au paiement de l’intégralité du prix et de chacun des appels de fonds.’

 

La vérification du financement avant la signature

La meilleure protection contre les appels de fonds impayés reste la vérification sérieuse de la solvabilité de l’acquéreur avant la signature de l’acte authentique. En pratique :

  • Exiger l’offre de prêt définitive (pas seulement une simulation ou une attestation de principe) avant la signature
  • Vérifier que le montant du prêt accordé couvre l’intégralité du prix net vendeur + frais de notaire
  • Pour les investisseurs personnes morales : demander un extrait Kbis récent et une analyse de solvabilité
  • Intégrer une condition suspensive d’obtention du prêt bien rédigée — qui purge automatiquement à une date précise

8. FAQ — Questions spécifiques à la VEFA

L’acquéreur invoque une mauvaise qualité des travaux pour refuser de payer l’appel de fonds. Que faire ?

La contestation de la qualité des travaux est sans effet sur l’exigibilité de l’appel de fonds si l’attestation d’avancement a bien été délivrée par l’architecte. L’appel de fonds est dû dès l’atteinte du stade d’avancement certifié — indépendamment des réserves que l’acquéreur peut avoir sur la qualité.

En revanche, l’acquéreur peut consigner le solde final (5 % à la livraison) à hauteur des réserves non levées. Cette consignation est prévue par la loi — c’est la seule retenue légalement admissible.

L’acquéreur a perdu son emploi et ne peut plus payer. Doit-on résoudre la vente ?

Pas nécessairement — du moins pas immédiatement. Si l’acquéreur est de bonne foi, plusieurs options sont envisageables :

  • Moratoire temporaire : étalement des appels de fonds sur les 2-3 prochains mois, formalisé par avenant notarié
  • Substitution d’acquéreur : l’acquéreur cède son contrat à un tiers qui reprend les engagements — possible si le contrat le prévoit et si vous acceptez le nouveau acquéreur
  • Résolution amiable : l’acquéreur accepte la résolution du contrat, vous restituez une partie des sommes versées selon vos frais engagés

La résolution contrainte est la dernière option — coûteuse en temps et en frais pour les deux parties.

Combien de temps ai-je pour appeler les fonds après que le stade d’avancement est atteint ?

Aucun délai légal ne vous impose un délai maximum pour émettre l’appel de fonds après l’attestation d’avancement. Cependant, la prescription de la créance court à partir du moment où l’appel est exigible — c’est-à-dire dès l’attestation. Pour les particuliers, la prescription est de 5 ans en matière immobilière. Émettez vos appels de fonds dès l’attestation délivrée pour éviter tout risque de prescription.

Peut-on réclamer des pénalités de retard en plus du principal ?

Oui, si votre contrat les prévoit. La loi ne fixe pas de taux légal de pénalités pour les particuliers en VEFA (contrairement au B2B). Vous devez donc avoir contractualisé ce taux dans l’acte de vente. Un taux de 1 % à 1,5 % par mois est fréquemment stipulé dans les contrats VEFA. Sans clause contractuelle, vous ne pouvez réclamer que le taux légal civil (environ 4,47 % en 2026), très inférieur.

L’acquéreur est une SCI familiale dont l’associé gérant fait l’objet d’une procédure collective. Que faire ?

La procédure collective du gérant n’affecte pas directement la SCI en tant qu’entité juridique distincte. La SCI reste tenue de ses engagements contractuels. Cependant, si la SCI est elle-même en difficulté (ce qui est souvent lié), vous devez vérifier si une procédure collective a été ouverte contre la SCI au Bodacc. Si oui → déclarer votre créance au mandataire judiciaire.

En résumé

Le recouvrement d’appels de fonds VEFA impayés est une discipline à part, encadrée par le Code de la construction et des règles contractuelles spécifiques. La résolution de la vente est souvent la procédure la plus adaptée pour les défaillances avérées — à condition d’avoir une clause résolutoire bien rédigée dans l’acte de vente.

Dans un contexte de remontée des défaillances d’acquéreurs liées aux difficultés de financement en 2026, deux réflexes s’imposent : (1) vérifier sérieusement la solvabilité des acquéreurs avant la signature, (2) réagir vite dès le premier appel de fonds impayé — la procédure de résolution est d’autant moins coûteuse que vous l’engagez tôt.

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