Procédure simplifiée 2026 : comment obtenir un titre exécutoire sans juge en moins de 6 semaines ?

Obtenir un titre exécutoire prenait jusqu’ici entre 2 et 6 mois via une injonction de payer classique. Depuis le 25 avril 2026, la procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales incontestées (loi n°2026-307) ouvre une voie radicalement plus rapide : moins de 6 semaines, sans audience, sans avocat obligatoire — et avec les frais intégralement à la charge du débiteur.

Mais ce délai n’est pas automatique. Il suppose un dossier solide, un débiteur qui ne conteste pas, et une bonne connaissance du calendrier légal. Ce guide vous explique précisément comment le tenir.

Sommaire - Procédure simplifiée 2026 : comment obtenir un titre exécutoire sans juge en moins de 6 semaines ?

Procédure simplifiée 2026 : comment obtenir un titre exécutoire sans juge en moins de 6 semaines ?

1. Rappel : c'est quoi exactement un titre exécutoire ?

Un titre exécutoire est un document officiel qui permet de contraindre un débiteur à payer par la force, sans son accord. Concrètement, il autorise le commissaire de justice à :

  • saisir les comptes bancaires du débiteur (saisie-attribution)
  • saisir et vendre ses biens mobiliers (saisie-vente)
  • pratiquer une saisie sur salaire ou sur loyers
  • inscrire une hypothèque judiciaire sur ses biens immobiliers

 

Avant la loi du 23 avril 2026, l’unique moyen d’obtenir un titre exécutoire sans accord du débiteur était de passer par un juge : injonction de payer, référé-provision ou assignation. Désormais, pour les créances B2B incontestées, le commissaire de justice peut établir directement ce titre — c’est la révolution introduite par les articles L.126-1 à L.126-6 du Code des procédures civiles d’exécution.



2. Pourquoi 6 semaines — le calendrier légal décortiqué

Le délai de 6 semaines n’est pas une approximation marketing. Il découle du calendrier légal strict imposé par la loi 2026-307. Voici comment il se décompose :

 

Semaine

Étape

Ce qui se passe

Qui agit

S0

Déclenchement

Vous constatez l’impayé, rassemblez la facture + preuves d’exécution + relances. Vous mandatez un commissaire de justice.

Vous (créancier)

S1

Commandement de payer

Le commissaire de justice signifie au débiteur un commandement officiel détaillant les sommes dues et le délai d’un mois pour payer ou contester.

Commissaire de justice

S2–S5

Délai légal d’1 mois

Le débiteur dispose de 30 jours calendaires pour : (1) payer → clôture, (2) contester → la procédure s’arrête, (3) ne rien faire → passage à l’étape suivante.

Débiteur

S5+8j

PV de non-contestation

8 jours min. après la fin du délai, le commissaire dresse le procès-verbal de non-contestation. Cet acte authentique constate le silence du débiteur.

Commissaire de justice

S6

Titre exécutoire

Le greffier du tribunal de commerce revêt le PV de la formule exécutoire. Vous pouvez désormais pratiquer des saisies (bancaire, mobilière…).

Greffe + Commissaire

 

Attention : 6 semaines est le délai minimum théorique

Ce délai suppose que tout se passe parfaitement : dossier complet dès la saisine, commissaire de justice disponible rapidement, débiteur qui ne réagit pas, greffe qui traite vite. En pratique, comptez 6 à 8 semaines selon la charge des études et du greffe.

Le décret d’application de la loi (encore attendu à fin juin 2026) précisera les délais de traitement réglementaires du greffe. Renseignez-vous auprès de votre commissaire de justice pour connaître les délais réels dans votre ressort.

 

⏱️ Le vrai délai qui compte : la réponse du débiteur

La variable la plus imprévisible du calendrier n’est pas le greffe, c’est le comportement du débiteur pendant le délai d’un mois. Trois scénarios :

•       Il paie dans les 2 premières semaines (fréquent : l’acte de commissaire de justice crée un effet psychologique fort) → procédure clôturée, objectif atteint en 3 semaines

•       Il ne fait rien → vous attendez l’échéance du mois + 8 jours, puis titre exécutoire en S6

•       Il conteste → la procédure simplifiée s’arrête. Vous devez basculer sur une injonction de payer ou une assignation

3. Prérequis : votre dossier doit être irréprochable

La procédure simplifiée ne souffre aucune approximation. Si votre créance est mal documentée, le commissaire de justice peut refuser de l’instrumenter, ou pire : le débiteur contestera — et vous perdrez le bénéfice de la procédure rapide.

 

Document

Utilité dans la procédure

Obligatoire ?

Facture originale avec date d’échéance

Prouve l’existence et le montant de la créance

✅ Oui

Bon de commande ou contrat signé

Établit la relation commerciale et l’accord sur le prix

✅ Oui

Preuve d’exécution (BL, email, CR de réception)

Démontre que la prestation a bien été fournie

✅ Oui

Relances écrites envoyées au débiteur

Prouve la bonne foi du créancier et l’absence de contestation

⚡ Fortement recommandé

Mise en demeure par LRAR

Formalise le dernier avertissement avant procédure

⚡ Fortement recommandé

Extrait Kbis du débiteur

Vérifie le statut commerçant et l’adresse de signification

⚡ Recommandé

Historique des échanges (emails, SMS)

Renforce l’absence de contestation sérieuse

📌 Utile

CGV acceptées par le débiteur

Fonde le taux d’intérêt de retard et l’indemnité de 40 €

📌 Utile

 

La règle d’or : aucune contestation antérieure

Le critère le plus important est que la créance ne doit avoir fait l’objet d’aucune contestation sérieuse avant ou pendant la procédure. Si votre débiteur a envoyé un email mentionnant un « problème sur la facture », une « non-conformité » ou un « litige en cours », la créance n’est plus incontestée au sens de la loi. Elle ne peut pas entrer dans la procédure simplifiée.

Vérifiez systématiquement vos archives avant de déclencher : un seul email de contestation du débiteur disqualifie la procédure.



4. Les 5 étapes concrètes pour tenir le délai de 6 semaines

Étape 1 — Semaine 0 : constituez et transmettez votre dossier

Rassemblez tous les documents listés dans le tableau ci-dessus. L’idéal est d’avoir déjà envoyé une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception avant de saisir le commissaire — non obligatoire légalement, mais fortement recommandé pour :

  • Qualifier le silence du débiteur (il a reçu un avertissement formel et n’a pas répondu)
  • Figer la date à partir de laquelle courent les intérêts moratoires renforcés
  • Démontrer votre bonne foi si le débiteur tente une contestation a posteriori

 

Étape 2 — Semaine 1 : le commissaire signifie le commandement

Une fois le dossier validé, le commissaire de justice rédige et signifie au débiteur un commandement de payer. Cet acte authentique doit obligatoirement mentionner (art. L.126-2 CPCE) :

  1. La description précise de l’obligation à l’origine de la créance (nature de la prestation, référence du contrat ou de la commande)
  2. Le détail des sommes réclamées : principal, intérêts de retard calculés au taux BCE + 10 points, indemnité forfaitaire de 40 €, frais du commandement
  3. Le commandement de payer dans un délai d’un mois avec les modalités de paiement acceptées
  4. L’information sur les conséquences du silence (établissement d’un titre exécutoire)

⚠️ Un commandement incomplet est nul de plein droit. Vérifiez avec votre commissaire que tous les éléments sont présents avant signification.

 

Étape 3 — Semaines 2 à 5 : gérez le délai d’un mois intelligemment

Ce mois n’est pas du temps perdu. C’est le moment de :

  • Rester disponible si le débiteur souhaite négocier un échéancier — un paiement partiel accepté vaut mieux qu’une procédure longue
  • Documenter tout contact avec le débiteur pendant cette période : dates, contenus, réponses ou absences de réponse
  • Surveiller la situation financière du débiteur : s’il entre en procédure collective pendant ce délai, basculez immédiatement en déclaration de créance
  • Préparer la suite avec votre commissaire : coordonnées bancaires du débiteur si disponibles, liste des biens saisissables connus

 

Étape 4 — Semaine 5 + 8 jours : le procès-verbal de non-contestation

À l’expiration du délai d’un mois, si le débiteur n’a ni payé ni contesté, le commissaire de justice dresse le procès-verbal de non-contestation. Ce délai de 8 jours supplémentaires est imposé par l’article L.126-3 CPCE — le commissaire ne peut pas agir avant.

Ce PV est un acte authentique qui constate officiellement que le débiteur reconnaît implicitement la dette. Sa rédaction doit être rigoureuse car il constitue le fondement du titre exécutoire.

 

Étape 5 — Semaine 6 : le greffier appose la formule exécutoire

Le commissaire de justice transmet le PV de non-contestation au greffe du tribunal de commerce compétent. Le greffier vérifie la conformité de l’acte et y appose la formule exécutoire.

Ce titre a alors la même force qu’un jugement définitif. Le commissaire peut immédiatement pratiquer toutes les mesures d’exécution forcée : saisie-attribution sur comptes bancaires, saisie-vente de matériel, etc. Le débiteur peut encore saisir le juge pour contester, mais cette démarche ne suspend pas l’exécution sauf décision expresse du juge.

5. Les coûts réels de la procédure

C’est l’un des atouts majeurs de la procédure simplifiée : en principe, le créancier ne paie rien (ou presque). Voici le détail :

 

Poste de coût

À charge de…

Montant indicatif

Honoraires du commissaire de justice

Débiteur (art. L.126-3 CPCE)

Fixés par décret à paraître — tarif réglementé

Indemnité forfaitaire légale de retard

Débiteur

40 € par facture impayée (art. D.441-5 C.com.)

Intérêts de retard

Débiteur

Taux BCE en vigueur + 10 points (B2B)

Frais du commandement de payer

Débiteur

Inclus dans les honoraires du commissaire

Frais de greffe (formule exécutoire)

Débiteur

Quelques dizaines d’euros — tarif réglementé

Coût net pour le créancier

Créancier

⟶ Théoriquement 0 € (tout à la charge du débiteur)

 

💡 Ce que vous récupérez en plus du principal

Grâce à la procédure simplifiée, vous pouvez intégrer dans les sommes réclamées :

•       Les intérêts de retard légaux calculés dès le lendemain de l’échéance (taux BCE + 10 points pour les créances B2B)

•       L’indemnité forfaitaire de 40 € par facture impayée (art. D.441-5 Code de commerce)

•       Les frais engagés pour le recouvrement (dans les limites du tarif réglementé)

Exemple : une facture de 8 500 € impayée depuis 90 jours avec le taux en vigueur à juin 2026 (BCE 2,40% + 10 pts = 12,40%) génère environ 260 € d’intérêts + 40 € d’indemnité forfaitaire, intégralement à la charge du débiteur.

 

6. Les 4 situations qui font sauter le délai de 6 semaines

Situation 1 — Le débiteur conteste la créance

C’est la situation la plus fréquente qui bloque la procédure. Dès que le débiteur signifie une contestation au commissaire de justice dans le délai d’un mois, la procédure simplifiée prend fin de plein droit (art. L.126-2 CPCE). Vous devrez alors soit tenter une négociation amiable, soit saisir le tribunal via une injonction de payer classique ou une assignation.

Pour minimiser ce risque, ne déclenchez la procédure que sur des créances solides : facture non contestée par écrit, prestation clairement exécutée et acceptée, débiteur sans historique de litige.

Situation 2 — Le débiteur entre en procédure collective

Si, pendant le délai d’un mois, votre débiteur fait l’objet d’un redressement ou d’une liquidation judiciaire, la procédure simplifiée est suspendue par l’effet de l’arrêt des poursuites individuelles (art. L.622-21 Code de commerce). Vous devez impérativement déclarer votre créance au mandataire judiciaire dans les délais légaux (en général 2 mois à compter du jugement d’ouverture).

Situation 3 — Le dossier est incomplet ou la créance est mal qualifiée

Si le commissaire de justice identifie une lacune dans votre dossier (preuve d’exécution manquante, facture contestée dans un email non détecté, débiteur non commerçant…), il ne pourra pas instrumenter la procédure. Le délai de 6 semaines ne commence même pas à courir. C’est pourquoi la phase de constitution du dossier est cruciale.

Situation 4 — Le décret d’application n’est pas encore publié

À la date de rédaction de cet article (juin 2026), le décret en Conseil d’État prévu par l’article L.126-6 CPCE n’a pas encore été publié. Ce décret fixera les tarifs du commissaire, les formulaires officiels et les délais de traitement du greffe. Sans ce décret, la procédure ne peut pas être mise en œuvre. Consultez votre commissaire de justice pour connaître la date de publication.

7. Procédure simplifiée vs injonction de payer : le bon choix selon votre situation

Les deux procédures coexistent. Voici comment choisir selon votre situation :

 

Votre situation

Procédure recommandée

Pourquoi

Facture B2B, débiteur commerçant, aucune contestation

✅ Procédure simplifiée

Plus rapide, frais à la charge du débiteur

Facture contestée même partiellement

Injonction de payer

Seul le juge peut trancher un litige

Débiteur non commerçant (particulier, association, professionnel libéral)

Injonction de payer

La procédure simplifiée ne s’applique pas hors B2B commerçant

Créance < 5 000 € sur non-commerçant

Procédure L.125-1 CPCE (ex-loi Macron)

Procédure spécifique pour ce cas

Débiteur en procédure collective

Déclaration de créance

Les poursuites individuelles sont suspendues

Besoin d’agir avant la publication du décret

Injonction de payer

La procédure simplifiée n’est pas encore opérationnelle



8. FAQ — Questions pratiques sur le délai et la procédure

Peut-on lancer la procédure simplifiée si on n’a pas envoyé de mise en demeure préalable ?

Légalement, la mise en demeure préalable n’est pas une condition d’accès à la procédure simplifiée. Le commandement de payer du commissaire de justice vaut lui-même mise en demeure. Cependant, il est fortement recommandé d’envoyer une mise en demeure en amont : elle qualifie le silence du débiteur, fige la date de départ des intérêts renforcés, et renforce le dossier en cas de contestation a posteriori.

Le débiteur peut-il bloquer la procédure après la délivrance du titre exécutoire ?

Oui, mais c’est difficile. Le débiteur peut saisir le juge pour contester le titre obtenu via la procédure simplifiée. Mais sauf décision expresse du juge d’ordonner le sursis à exécution, le titre reste exécutoire pendant la contestation. En pratique, si votre dossier est solide (facture incontestée, preuve d’exécution, absence de contestation antérieure), une action du débiteur a peu de chances d’aboutir.

Peut-on utiliser la procédure simplifiée pour plusieurs factures impayées du même débiteur ?

Oui. Vous pouvez regrouper plusieurs factures dans un seul commandement de payer, à condition que chacune remplisse les conditions (certaine, liquide, exigible, non contestée, entre commerçants). Le commissaire de justice détaille chaque créance dans l’acte.

Que se passe-t-il si le débiteur règle partiellement pendant le délai d’un mois ?

Un paiement partiel ne met pas fin à la procédure. Le débiteur doit payer intégralement les sommes réclamées (principal + intérêts + indemnité de 40 € + frais) pour que la procédure soit clôturée. S’il ne paie qu’une partie, le commissaire peut dresser le PV de non-contestation pour le solde restant dû.

Comment choisir son commissaire de justice pour cette procédure ?

Tout commissaire de justice territorialement compétent peut instrumenter la procédure. La compétence territoriale se définit en général par le lieu du domicile ou du siège social du débiteur. Pour un accompagnement global (évaluation de la procédure à choisir, constitution du dossier, gestion des suites), une agence de recouvrement comme DCN Recouvrement peut coordonner l’ensemble du processus et orienter vers les professionnels adaptés.

La procédure simplifiée est-elle compatible avec un plan d’échéancier négocié ?

Oui. Si pendant le délai d’un mois le débiteur propose un échéancier de paiement et que vous l’acceptez, vous pouvez suspendre la procédure. Si le débiteur respecte l’échéancier, aucune suite n’est nécessaire. En cas de non-respect, vous reprenez la procédure simplifiée (ou une autre voie) pour les sommes restantes.

En résumé : ce que vous devez retenir

La procédure simplifiée de la loi 2026-307 permet d’obtenir un titre exécutoire B2B en environ 6 semaines, sans juge, avec les frais à la charge du débiteur. Son efficacité repose sur trois conditions : une créance rigoureusement documentée, un débiteur qui ne conteste pas, et un décret d’application publié.

Avant de l’activer, vérifiez systématiquement : la qualité commerciale du débiteur, l’absence de contestation antérieure dans vos échanges, la complétude de votre dossier. Et dès que le décret sera publié, cette procédure devrait devenir le réflexe numéro 1 pour toute facture B2B incontestée de plus de quelques milliers d’euros.

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