Loi n°2026-307 : la nouvelle procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales expliquée aux PME

Depuis le 25 avril 2026, les entreprises confrontées à des factures impayées entre professionnels disposent d’un outil inédit : la procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales incontestées, instaurée par la loi n°2026-307 du 23 avril 2026. Pour la première fois, un créancier peut obtenir un titre exécutoire — c’est-à-dire le droit de pratiquer des saisies — sans saisir un seul juge.

Cette réforme intervient dans un contexte alarmant : la Banque de France comptabilise plus de 70 000 défaillances d’entreprises sur douze mois glissants à fin avril 2026, un niveau historique. Selon le ministre des PME Serge Papin, près de 25 % des faillites ont pour origine des retards de paiement, représentant 15 milliards d’euros de trésorerie bloquée chaque année au détriment des PME.

Ce guide complet vous explique : qui peut utiliser cette procédure, dans quelles conditions, comment elle se déroule étape par étape, et ce qu’elle change concrètement par rapport à l’injonction de payer classique.

Sommaire - Loi n°2026-307 : la nouvelle procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales expliquée aux PME

Loi n°2026-307 : la nouvelle procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales expliquée aux PME

1. Pourquoi cette réforme était-elle nécessaire ?

Avant la loi du 23 avril 2026, un créancier B2B confronté à un client qui ne payait pas sans vraiment contester sa dette n’avait que deux options : la voie amiable — souvent insuffisante — ou des procédures judiciaires longues et coûteuses.

L’injonction de payer, bien que rapide en théorie, reste tributaire d’un juge et peut prendre de 2 à 6 mois. L’assignation au fond est encore plus lente. Quant à l’ancienne procédure simplifiée (article L.125-1 du CPCE), elle était limitée aux créances inférieures à 5 000 € et nécessitait l’accord exprès du débiteur — deux conditions rarement réunies face à un mauvais payeur.

Le résultat ? Des milliers de PME abandonnaient des créances pourtant incontestées, faute de temps et de budget pour les recouvrer.

📊 Le contexte en chiffres (2026)

•       70 228 défaillances d’entreprises sur 12 mois glissants à fin avril 2026 (Banque de France)

•       56 milliards d’euros de factures impayées chaque année en France

•       15 milliards d’euros de trésorerie bloquée dans les PME à cause des retards de paiement

•       25 % des faillites sont directement liées à des retards ou défauts de paiement

2. Qu'est-ce que la procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales incontestées ?

La procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales incontestées est un mécanisme créé par les articles L.126-1 à L.126-6 du Code des procédures civiles d’exécution (CPCE), introduits par la loi n°2026-307 du 23 avril 2026. Elle permet à un créancier commerçant d’obtenir un titre exécutoire — autorisant des mesures de saisie forcée — sans décision de justice préalable.

Son principe est simple : si votre client ne paie pas sa facture et ne la conteste pas non plus, un commissaire de justice peut formaliser ce silence en un acte officiel ayant la force d’un jugement. Le « silence vaut acceptation » de la dette.

Un mécanisme extrajudiciaire inédit en France

Contrairement à toutes les procédures existantes, cette voie est entièrement extrajudiciaire : ni assignation, ni audience, ni ordonnance rendue par un magistrat. Le commissaire de justice joue ici un rôle central d’officier public, intermédiaire entre le créancier et le greffe du tribunal de commerce.

C’est une innovation majeure qui s’inspire du modèle belge (procédure IOS, en vigueur depuis 2016) et qui vise à

réduire de plusieurs mois les délais d’obtention d’un titre exécutoire pour les créances B2B non contestées.

3. Quelles créances sont éligibles à la loi 2026-307 ?

La procédure est encadrée par des conditions strictes. Toutes les créances impayées n’y sont pas éligibles.

Conditions obligatoires

Pour recourir à la procédure simplifiée, la créance doit impérativement réunir ces quatre critères :

  1. Facturation entre commerçants : la créance doit résulter d’une facture émise dans le cadre d’une relation commerciale entre deux commerçants au sens juridique du terme. Les professions libérales non commerçantes, les associations et les créances envers des consommateurs particuliers sont donc exclues.
  2. Certaine : la créance ne doit faire l’objet d’aucune contestation sérieuse de la part du débiteur, ni sur son principe, ni sur son montant.
  3. Liquide : le montant exact de la créance doit être déterminé avec précision sur la facture, sans évaluation ni expertise complémentaire nécessaire.
  4. Exigible : la date d’échéance est dépassée et aucun délai de paiement contractuel ne court encore.

 

Cas exclus de la procédure

La procédure ne s’applique pas lorsque :

  • Le débiteur a contesté la créance, même partiellement, avant ou pendant la procédure
  • Le débiteur est une collectivité publique, une association ou un particulier consommateur
  • La facture est en litige pour vice de prestation ou non-conformité
  • Le débiteur est en procédure collective (redressement ou liquidation judiciaire) : d’autres règles s’appliquent alors

⚠️ Point d’attention — Décret d’application

La loi du 23 avril 2026 est entrée en vigueur dès sa publication (25 avril 2026), mais un décret en Conseil d’État est attendu pour préciser les modalités pratiques : tarif du commissaire de justice, seuil éventuel de montant, formulaires et délais de traitement. La procédure ne sera pleinement opérationnelle qu’à la parution de ce décret. Renseignez-vous auprès de votre commissaire de justice ou de DCN Recouvrement pour connaître l’état d’avancement.

4. Comment se déroule la procédure ? Les 5 étapes

Voici le déroulement complet de la procédure simplifiée, de la saisine du commissaire de justice à l’obtention du titre exécutoire.

 

Étape

Action

Qui agit ?

Délai

1

Saisine du commissaire de justice

Le créancier contacte un commissaire de justice et lui remet la facture impayée avec les justificatifs

Dès l’impayé constaté

2

Commandement de payer

Le commissaire de justice signifie un commandement de payer au débiteur avec le détail des sommes dues

J+0 à J+7

3

Délai de réponse du débiteur

Le débiteur paie, négocie un échéancier ou conteste. S’il conteste, la procédure s’arrête et le créancier doit saisir le juge

1 mois calendaire

4

PV de non-contestation

En l’absence de paiement ou de contestation, le commissaire de justice dresse un procès-verbal de non-contestation

8 jours min. après J+1 mois

5

Titre exécutoire

Le greffier du tribunal de commerce revêt le PV de la formule exécutoire. Le commissaire de justice peut alors pratiquer des saisies

Quelques jours

 

Étape 1 — Préparez votre dossier et contactez un commissaire de justice

Avant de déclencher la procédure, rassemblez tous les justificatifs de la créance : la facture originale, le bon de commande ou le contrat, les preuves de livraison ou d’exécution de la prestation, et les relances écrites déjà envoyées au débiteur.

Il est fortement recommandé d’avoir préalablement envoyé une mise en demeure par lettre recommandée — même si ce n’est pas une obligation légale pour déclencher la procédure simplifiée. Cela démontre la bonne foi du créancier et réduit le risque de contestation tardive du débiteur.

Étape 2 — Le commissaire de justice signifie le commandement de payer

Le commissaire de justice rédige et signifie au débiteur un commandement de payer qui doit obligatoirement mentionner, à peine de nullité (article L.126-2 CPCE) :

  • La description précise de l’obligation à l’origine de la créance
  • Le détail des sommes réclamées : principal, intérêts de retard, indemnité forfaitaire de 40 €, frais du commandement
  • Le délai d’un mois pour payer et les modalités de paiement acceptées
  • L’information que l’absence de contestation dans ce délai permettra l’établissement d’un titre exécutoire

Étape 3 — Le délai de réponse d’un mois

Le débiteur dispose d’un mois à compter de la réception du commandement pour :

  1. Payer : la procédure prend fin, l’objectif est atteint.
  2. Contester : si le débiteur conteste sérieusement la créance devant le juge, la procédure simplifiée s’arrête. Le créancier doit alors se tourner vers une injonction de payer classique ou une assignation au fond.
  3. Ne rien faire (ni payer ni contester) : c’est le scénario visé par la réforme. Le silence du débiteur permet de passer à l’étape suivante.

Étape 4 — Le procès-verbal de non-contestation

Au minimum 8 jours après l’expiration du délai d’un mois, et en l’absence de paiement ou de contestation, le commissaire de justice dresse un

procès-verbal de non-contestation. Cet acte authentique constate officiellement que le débiteur n’a pas réagi et reconnaît implicitement devoir la somme réclamée.

Étape 5 — Le titre exécutoire

Le procès-verbal de non-contestation est transmis au greffe du tribunal de commerce compétent. Le greffier le revêt de la formule exécutoire — ce qui lui confère la même force qu’un jugement définitif. Le commissaire de justice peut alors pratiquer des mesures d’exécution forcée : saisie-attribution sur comptes bancaires, saisie-vente de biens mobiliers, etc.

Le débiteur conserve toutefois la possibilité de saisir le juge pour contester ce titre après coup, mais le délai et les conditions de cette contestation seront précisés par le décret d’application.

5. Comparatif : procédure simplifiée vs injonction de payer vs assignation

Pour choisir la bonne procédure, voici un tableau comparatif des trois principales voies de recouvrement judiciaire et extrajudiciaire en France en 2026.

 

Critère

Injonction de payer

Procédure simplifiée (Loi 2026-307)

Assignation au fond

Intervention du juge

Oui (ordonnance)

Non ✅

Oui (jugement)

Délai estimé

2 à 6 mois

~6 semaines ✅

6 à 18 mois

Frais de procédure

À charge du créancier

À charge du débiteur ✅

À charge du créancier

Seuil de montant

Aucun

Aucun (décret à venir) ✅

Aucun

Applicable si créance contestée

Oui

Non ❌

Oui

Réservé aux commerçants B2B

Non

Oui (entre commerçants uniquement)

Non

 

La procédure simplifiée occupe un créneau précis : elle est idéale pour les créances non contestées, documentées et entre commerçants, où le débiteur « joue la montre » sans vouloir aller au contentieux. Pour les créances contestées ou impliquant des non-commerçants, l’injonction de payer ou l’assignation restent les voies appropriées.

6. Avantages et limites de cette nouvelle procédure

Les avantages pour les PME créancières

  • Rapidité : un titre exécutoire en ~6 semaines contre plusieurs mois pour une injonction classique
  • Coût à la charge du débiteur : les frais du commissaire de justice sont supportés par le débiteur (art. L.126-3 CPCE), ce qui rend la procédure économiquement neutre pour le créancier
  • Simplicité : aucune assignation à rédiger, aucune audience à préparer, aucun avocat obligatoire
  • Effet psychologique : la réception d’un commandement de payer par commissaire de justice pousse souvent le débiteur à régler rapidement, avant même l’échéance du mois
  • Aucun seuil de montant dans le texte de loi (à confirmer par le décret) — contrairement à l’ancienne procédure limitée à 5 000 €

 

Les limites à connaître

  • Applicable uniquement aux créances entre commerçants — professions libérales et B2C exclus
  • Inefficace si le débiteur conteste la créance : la procédure s’arrête immédiatement
  • Le décret d’application n’est pas encore publié à la date de rédaction (juin 2026) : tarif du commissaire et modalités pratiques restent à confirmer
  • Ne résout pas les cas où le débiteur est insolvable ou en procédure collective
  • Nécessite un dossier rigoureux : factures sans contestation préalable, preuves d’exécution solides

 

7. Ce que la loi 2026-307 change pour votre stratégie de recouvrement

La loi du 23 avril 2026 ne supprime aucune des procédures existantes. Elle ajoute un outil intermédiaire qui modifie l’équilibre du rapport de force entre créancier et débiteur.

Revoir votre séquence de relances

Jusqu’à présent, la séquence standard était : relances amiables → mise en demeure → injonction de payer (si échec). Désormais, entre la mise en demeure et l’injonction de payer, vous pouvez intercaler la procédure simplifiée via commissaire de justice pour les débiteurs qui ne contestent pas mais ne paient pas non plus. C’est souvent le profil le plus courant.

Renforcer votre documentation contractuelle

Pour être éligible à la procédure, votre créance doit être rigoureusement documentée dès l’origine : bon de commande signé ou acceptation écrite, facture conforme avec date d’échéance explicite, preuve de livraison ou d’exécution de la prestation. Les entreprises qui ont des lacunes dans leur processus de facturation doivent impérativement les corriger.

Anticiper les créances contestées en amont

La limite principale de la procédure simplifiée, c’est la contestation du débiteur. La meilleure façon de s’en prémunir est de sécuriser contractuellement dès le départ : CGV avec clauses de prix et délais irrévocables, bons de livraison contresignés, e-mails de validation de prestation. Si la créance est solide, le risque de contestation valide est quasi nul.

💡 Conseil DCN Recouvrement

Chez DCN Recouvrement, nous anticipons la mise en œuvre de la procédure simplifiée dès la publication du décret d’application. En attendant, nous déclenchons systématiquement une mise en demeure formelle par lettre recommandée avant toute saisine de commissaire de justice — une étape qui reste la meilleure façon de qualifier rapidement si un débiteur va contester ou non. Faites-nous part de vos dossiers d’impayés : nos experts analysent gratuitement la stratégie optimale.

 

8. FAQ — Questions fréquentes sur la procédure simplifiée 2026

La procédure simplifiée de la loi 2026-307 est-elle déjà applicable ?

La loi est entrée en vigueur le 25 avril 2026. Cependant, l’article L.126-6 CPCE prévoit qu’un décret en Conseil d’État fixe les modalités pratiques (tarif du commissaire de justice, formulaires, délais de traitement). En l’absence de ce décret à la date de publication de cet article, la procédure n’est pas encore pleinement opérationnelle. Surveillez l’actualité ou contactez votre commissaire de justice pour connaître la date de publication du décret.

La procédure simplifiée remplace-t-elle l’injonction de payer ?

Non. La loi 2026-307 ajoute un outil, elle ne supprime pas l’injonction de payer. Les deux coexistent et chacune a son domaine d’élection : la procédure simplifiée est réservée aux créances B2B incontestées, tandis que l’injonction de payer reste adaptée à tous types de créances y compris les créances contestées, les créances sur non-commerçants ou les créances de consommation.

Que se passe-t-il si mon débiteur conteste la créance après le titre exécutoire ?

Le débiteur conserve la possibilité de saisir le juge pour contester le titre exécutoire obtenu via la procédure simplifiée. Le décret d’application précisera les délais et conditions de cette contestation a posteriori. En pratique, si la créance est bien documentée (facture, preuve d’exécution, absence de contestation antérieure), une telle action du débiteur a peu de chances d’aboutir.

Un freelance ou un auto-entrepreneur peut-il utiliser la procédure simplifiée ?

Seulement s’il est immatriculé en tant que commerçant (notamment les auto-entrepreneurs ayant une activité commerciale). Les professions libérales non commerçantes (avocats, médecins, experts-comptables, architectes…) sont exclues du champ d’application, qui est réservé aux « créances entre commerçants ».

Combien coûte la procédure simplifiée pour le créancier ?

C’est l’un des points forts de la réforme : aux termes de l’article L.126-3 CPCE, les frais de procédure sont à la charge exclusive du débiteur. Le créancier récupère le principal, les intérêts de retard, l’indemnité forfaitaire de 40 € et la totalité des frais. Le montant exact de l’intervention du commissaire de justice sera fixé par décret. À titre indicatif, les tarifs réglementés des commissaires de justice varient généralement entre 50 € et 300 € selon les actes.

Peut-on cumuler cette procédure avec une démarche amiable ?

Absolument, et c’est même recommandé. La procédure simplifiée ne s’oppose pas à la poursuite d’un dialogue amiable en parallèle. Si le débiteur négocie un échéancier pendant le délai d’un mois, le commissaire de justice peut suspendre la procédure. Si les discussions échouent à l’issue du mois, la procédure reprend son cours normal.

 



Conclusion — Une réforme à intégrer dans votre stratégie dès maintenant

La loi n°2026-307 du 23 avril 2026 représente une avancée concrète pour les PME créancières. En permettant d’obtenir un titre exécutoire sans juge pour les factures B2B incontestées, elle rééquilibre le rapport de force avec les débiteurs qui jouent la montre. Avec plus de 70 000 défaillances enregistrées sur douze mois et des délais de paiement qui s’allongent, cette procédure arrive au bon moment.

Pour en bénéficier, préparez dès maintenant vos bases : factures irréprochables, preuves d’exécution systématiques, CGV solides. Et lorsque le décret d’application sera publié, vous serez prêts à l’activer immédiatement.

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