Mon client a été racheté par un concurrent : ma créance sur l'ancienne société est-elle toujours valide ?

💡 Réponse directe

Cela dépend du type d’opération réalisée. (1) Si votre client a fait l’objet d’une cession de parts sociales (rachat de l’actionnaire) : votre créance reste valide contre la même société — le SIREN n’a pas changé. (2) Si votre client a été absorbé par fusion : votre créance est automatiquement transmise à la société absorbante — c’est elle qui vous doit désormais. (3) Si votre client a cédé son fonds de commerce sans reprise de passif : votre créance reste due par l’ancienne société, mais celle-ci peut être vidée de son actif — agissez rapidement.

 

Votre client annonce son rachat par un groupe concurrent, ou vous apprenez par la presse qu’il vient d’être fusionné avec une autre entité. Première question qui se pose : qui vous doit encore de l’argent ? La réponse dépend entièrement du type juridique de l’opération — une erreur d’identification du débiteur peut vous faire perdre votre créance ou engager une procédure contre la mauvaise entité.

Sommaire - Mon client a été racheté par un concurrent : ma créance sur l’ancienne société est-elle toujours valide ?

Mon client a été racheté par un concurrent : ma créance sur l'ancienne société est-elle toujours valide ?

1. Le principe fondamental : la personnalité morale de la société débitrice

En droit français, une société est une personne morale distincte de ses actionnaires et de son dirigeant. Ce principe fondamental a deux conséquences importantes pour vos créances :

  • Changement d’actionnaire ≠ changement de débiteur : si quelqu’un rachète 100 % des parts de votre client (cession de parts sociales), la société reste la même — même SIREN, mêmes dettes, même débiteur. L’acheteur des parts a simplement changé. Votre créance n’est pas affectée.
  • Disparition de la personne morale = transfert ou perte de la créance : si la société cesse juridiquement d’exister (fusion-absorption, dissolution), votre créance doit être dirigée contre la personne morale qui lui a succédé — ou peut être perdue si personne ne lui a succédé.

2. Tableau des scénarios : quelle opération, quel impact sur votre créance ?

Type d’opération

Votre créance est-elle valide ?

Contre qui agir ?

Ce qu’il faut faire

Cession de parts sociales (l’actionnaire change mais la société reste)

✅ Oui — intégralement

La même société (SIREN inchangé)

Rien ne change — continuer à relancer la société avec son SIREN habituel

Fusion-absorption (votre client est absorbé par l’acquéreur)

✅ Oui — transmise à l’absorbante

La société absorbante (nouveau débiteur légal)

Identifier la société absorbante — elle est débitrice de plein droit de toutes les dettes de l’absorbée

Scission (votre client est divisé en plusieurs entités)

🟡 Partielle — selon le plan de scission

La ou les entités désignées dans le traité de scission

Obtenir le traité de scission pour identifier quelle entité reprend la dette

Cession de fonds de commerce (achat de l’activité, pas des parts)

🔴 Attention — depends du type

Ancienne société (gardée par le vendeur) + possible solidarité temporaire du repreneur

Procédure de solidarité de l’acquéreur (art. L.141-2 C.com.) si publicité faite dans le délai

Apport partiel d’actif

🟡 Selon le traité d’apport

Entité bénéficiaire de l’apport si la dette y est mentionnée

Obtenir le traité d’apport et vérifier si la créance est transférée

Acquisition d’un fonds de commerce sans reprise de passif

🔴 Risque élevé

Ancienne société (souvent vidée)

Agir rapidement contre l’ancienne société avant qu’elle soit dissoute

3. La fusion-absorption : transmission universelle du patrimoine

La fusion-absorption est l’opération par laquelle une société (l’absorbée) est dissoute et son patrimoine est transféré à une autre société (l’absorbante). Ce transfert est universel — il emporte automatiquement l’actif et le passif. Votre créance en fait partie.

 

Question

Réponse

La créance est-elle automatiquement transférée à l’absorbante ?

Oui — la fusion-absorption entraîne la transmission universelle du patrimoine, y compris le passif (art. L.236-3 C.com.). Votre créance est reprise de plein droit par l’absorbante, sans formalité de votre part.

Devez-vous modifier vos documents de recouvrement ?

Oui — mettez à jour le nom, SIREN et adresse de votre débiteur. L’ancienne société n’existe plus après la fusion. Toutes vos relances et procédures doivent viser la société absorbante.

La procédure simplifiée (loi 2026-307) reste-t-elle applicable ?

Oui — si les deux conditions sont remplies : vous êtes commerçant, et la société absorbante est commerçante (ce qui est généralement le cas).

Et si la fusion a eu lieu pendant la procédure de recouvrement ?

Informez le commissaire de justice ou le tribunal du changement de débiteur. La procédure peut être continuée contre la société absorbante si la créance a bien été transmise.

Délai de publication légal (JAL + Bodacc)

La fusion est publiée au Bodacc et dans un Journal d’Annonces Légales. Vous pouvez la consulter gratuitement pour connaître la date d’effet et identifier la société absorbante.

 

Comment identifier la société absorbante ?

  • Publication au fr — rechercher le SIREN de votre client : la fusion sera publiée avec le nom de la société absorbante
  • fr — rubrique ‘historique’ du SIREN de votre client : la mention ‘Fusion-absorption’ avec le nom de l’absorbante figure dans les modifications
  • fr — registre national des entreprises : traçabilité des fusions

 

4. La cession de fonds de commerce : le cas le plus risqué

La cession de fonds de commerce est fondamentalement différente de la fusion : le vendeur cède son activité (clientèle, matériel, enseigne, contrats commerciaux) mais garde sa personnalité morale. La société vendrice continue d’exister — mais elle est désormais une coquille vide, sans actif.

 

Situation

Qui est votre débiteur ?

Votre action

Votre client vend son fonds de commerce — l’acheteur reprend les dettes explicitement

L’acheteur du fonds (reprise contractuelle)

Votre créance est transmise — relancer le repreneur. Obtenir le contrat de cession précisant la reprise de passif.

Votre client vend son fonds de commerce — sans reprise de passif explicite

L’ancienne société (vendeur du fonds)

L’acheteur n’a pas repris les dettes. Mais il existe une solidarité temporaire de l’acquéreur (art. L.141-2) si publicité faite.

La cession a été publiée dans un JAL et au Bodacc

Solidarité temporaire de l’acquéreur et du vendeur pendant 10 jours après la publicité

Faire opposition dans les 10 jours de la publicité pour être protégé

Votre client a cédé son fonds et la société a été dissoute ensuite

La société dissoute — actionnaire responsable si dissolution non régulière

Agir rapidement avant dissolution définitive — ou contre les associés si capital distribué

 

La solidarité temporaire de l’acquéreur (art. L.141-2 Code de commerce)

Lorsqu’un fonds de commerce est cédé avec publicité légale (JAL + Bodacc), l’acquéreur devient solidairement responsable des dettes du vendeur à l’égard des créanciers qui ont fait opposition dans un délai de 10 jours suivant la dernière publicité (art. L.141-14 C.com.).

Si vous n’avez pas fait opposition dans ce délai — et si l’ancienne société est vide — vous vous retrouvez sans actif à saisir. La leçon : suivre les publications de cession de fonds de commerce au Bodacc



5. Comment identifier le type d'opération et trouver le bon débiteur

Étape 1 — Vérifier le SIREN de votre client sur Infogreffe

Allez sur infogreffe.fr et recherchez votre client par SIREN. Dans l’historique des événements :

  • ‘Radiation’ + mention ‘par suite de fusion’ → fusion-absorption → chercher l’absorbante
  • ‘Modification’ + mention ‘changement d’associés’ → cession de parts → même débiteur, SIREN inchangé
  • ‘Dissolution’ + vente de fonds → cession de fonds → agir sur l’ancienne société avant dissolution définitive

 

Étape 2 — Consulter le Bodacc

Sur bodacc.fr : rechercher le SIREN de votre client dans les annonces de fusion, cession de fonds ou dissolution. La publication indique l’opération et les parties concernées.

 

Étape 3 — Mettre à jour vos documents de recouvrement

Une fois le bon débiteur identifié :

  • Mise en demeure : adressée à la nouvelle entité débitrice avec mention explicite de la créance et de l’opération ayant entraîné la transmission
  • Procédure simplifiée / injonction : viser la bonne entité — une ordonnance dirigée contre la mauvaise entité est nulle
  • Mise à jour de votre ERP : SIREN, raison sociale, adresse du nouveau débiteur

 

6. FAQ — Questions fréquentes

Mon client m’a dit ‘la nouvelle société ne reprend pas les anciennes dettes’. Est-ce vrai ?

Ça dépend du type d’opération. En cas de fusion-absorption : non, c’est faux — la société absorbante reprend toutes les dettes de plein droit, même si le contrat entre les parties prévoit autre chose (cette clause n’est pas opposable aux créanciers tiers).

En cas de cession de fonds de commerce : si la reprise de passif n’est pas explicite dans le contrat, l’acquéreur du fonds n’est pas votre débiteur. Mais votre débiteur reste l’ancienne société — qui peut être vidée de son actif.

Si mon client est fusionné avec une grosse société, mes chances de récupérer augmentent-elles ?

Oui — en cas de fusion-absorption, la société absorbante hérite de toutes les dettes mais aussi de tous les actifs. Si l’absorbante est une société solvable et solide, vos chances de récupérer sont bien meilleures que si votre débiteur original avait des difficultés. C’est souvent une bonne nouvelle pour le créancier — une créance sur une PME fragile devient une créance sur un groupe solide.

Mon client a changé de nom et d’adresse mais conserve le même SIREN. Dois-je changer quelque chose ?

Votre créance est toujours valide — le SIREN est le seul identifiant légal pérenne d’une société. Un changement de nom ou d’adresse est une modification statutaire — il n’affecte pas les droits et obligations de la société. Mettez simplement à jour vos coordonnées dans votre ERP. Vos relances et procédures doivent mentionner le nouveau nom mais peuvent faire référence à l’ancien (‘anciennement dénommée X’).

La prescription de ma créance est-elle affectée par le rachat ?

Non — le rachat (cession de parts, fusion) n’affecte pas le cours de la prescription. Les 5 ans courent à compter de la date d’exigibilité de la créance, indépendamment des changements de débiteur. Si votre créance est proche de la prescription, envoyez une mise en demeure LRAR au nouveau débiteur légal pour interrompre le délai.

Mon client a été racheté en procédure de sauvegarde. Que se passe-t-il pour ma créance ?

Si votre client a été racheté dans le cadre d’un plan de cession validé par le tribunal (procédure collective), l’acquéreur reprend uniquement les contrats et emplois désignés dans le plan — mais pas les dettes antérieures envers les fournisseurs. Dans ce cas, votre créance reste sur l’entité débitrice en procédure collective : déclarez-la au mandataire judiciaire dans les 2 mois suivant la publication au Bodacc.

En résumé

La réponse à ‘est-ce que ma créance est toujours valide ?’ n’est jamais oui ou non sans analyse. Elle dépend de la nature juridique de l’opération et du sort réservé à la personnalité morale de votre débiteur.

La règle d’or : vérifiez immédiatement le SIREN de votre client sur Infogreffe et Bodacc dès que vous apprenez un rachat ou une opération. L’identification rapide du bon débiteur est la condition de votre recouvrement.

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