Peut-on recouvrer une créance prescrite en 2026 ? Ce que dit la loi

💡 Réponse directe

En droit français, une créance commerciale prescrite (délai de 5 ans dépassé sans acte interruptif) ne peut en principe plus faire l’objet d’une action judiciaire en paiement. Cependant, trois situations permettent encore un recouvrement : (1) si le débiteur ne soulève pas l’exception de prescription lui-même devant le tribunal (en matière commerciale, le juge ne la soulève pas d’office), (2) si le débiteur a renoncé à la prescription en reconnaissant la dette après son expiration, (3) si le créancier dispose déjà d’un titre exécutoire obtenu avant la prescription (valable 10 ans).

Par ailleurs, une créance prescrite peut toujours faire l’objet d’un paiement volontaire, et ce paiement est définitif — le débiteur ne peut pas en demander le remboursement.

 

Votre créance a plus de 5 ans et vous pensez qu’il est trop tard pour agir ? Pas forcément. La prescription est un moyen de défense, pas une règle d’ordre public que le juge applique automatiquement. En matière commerciale, le débiteur doit l’invoquer lui-même. Si il oublie — ou si certaines conditions sont réunies — vous pouvez encore recouvrer.

Sommaire - Peut-on recouvrer une créance prescrite en 2026 ? Ce que dit la loi

Peut-on recouvrer une créance prescrite en 2026 ? Ce que dit la loi

1. Ce qu'est réellement la prescription : un moyen de défense, pas un blocage automatique

La prescription extinctive ne fait pas disparaître la créance — elle fait naître un droit de refuser de payer que le débiteur peut choisir d’invoquer ou non (art. 2247 Code civil).

En matière commerciale (art. L.110-4 C.com.), les tribunaux ne soulèvent pas la prescription d’office. C’est au débiteur de l’invoquer devant le tribunal. S’il oublie ou ne le fait pas, votre action sera jugée recevable.

⚖️ La règle de l’art. 2247 Code civil

« Les juges ne peuvent pas suppléer d’office le moyen résultant de la prescription. Toute personne ayant un intérêt à agir peut opposer la prescription. »

Conséquence pratique : en matière commerciale, si vous assignez un débiteur dont la créance est prescrite et qu’il ne soulève pas la prescription dans ses conclusions, le tribunal jugera votre demande au fond — et vous pouvez obtenir gain de cause.

 

La nuance avec le droit de la consommation

En matière de droit de la consommation (créances sur des particuliers), le juge peut soulever d’office la prescription en faveur du consommateur si les éléments sont dans le dossier (art. R.632-1 Code de la consommation). Cette exception ne s’applique pas aux créances B2B entre commerçants.



2. Les 6 situations concrètes : recouvrable ou non ?

Situation

Recouvrable judiciairement ?

Explication

Prescription non encore expirée (< 5 ans)

✅ Oui — pleinement

Agir immédiatement si l’échéance approche

Prescription expirée + débiteur invoque la prescription

❌ Non — fin de non-recevoir

Le tribunal rejettera votre action si le débiteur soulève l’exception de prescription

Prescription expirée + débiteur N’invoque PAS la prescription

✅ Oui — action recevable

La prescription ne joue pas d’office — le juge ne la soulève pas seul en matière commerciale

Prescription expirée + reconnaissance de dette postérieure

✅ Oui — renonciation

Le débiteur a renoncé à la prescription en reconnaissant la dette

Prescription expirée + paiement volontaire partiel

✅ Partiel — paiement valide

La prescription ne peut plus être invoquée pour obtenir restitution du paiement déjà effectué

Prescription expirée + titre exécutoire déjà obtenu

✅ Oui jusqu’à 10 ans

Le titre exécutoire a sa propre prescription de 10 ans (art. L.111-4 CPCE)

 

La situation la plus fréquente et la plus favorable pour le créancier est la deuxième ligne : prescription expirée mais débiteur qui n’invoque pas l’exception. En pratique, beaucoup de débiteurs de bonne foi paient sans soulever de fin de non-recevoir, ou leurs avocats oublient de le mentionner dans les conclusions. Ne renoncez jamais à agir au seul motif que la prescription est expirée.

3. La prescription n'empêche pas le paiement volontaire

Une créance prescrite reste une obligation naturelle — elle existe moralement même si elle ne peut plus être imposée judiciairement. Si le débiteur paie volontairement une créance prescrite :

  • Le paiement est définitif et valable — il ne peut pas en demander le remboursement (art. 2249 Code civil)
  • Il ne peut pas invoquer l’erreur de droit pour récupérer ce qu’il a payé
  • Ce paiement peut, selon sa formulation, constituer une renonciation implicite à la prescription

 

En pratique : si vous relancez amiablement un débiteur dont la créance est prescrite et qu’il paie sans soulever la prescription, votre recouvrement est réussi. Ne mentionnez jamais la prescription dans vos relances — laissez le débiteur soulever lui-même ce moyen s’il le souhaite.

4. Renonciation à la prescription : comment un débiteur peut perdre ce droit

L’article 2250 du Code civil permet à toute personne qui profite de la prescription d’y renoncer, à condition que la prescription soit déjà acquise et que la renonciation soit explicite ou résultant d’un comportement non équivoque

Les formes de renonciation reconnues par la jurisprudence

  • Reconnaissance écrite de la dette après expiration du délai : ‘Je reconnais vous devoir X € et m’engage à les régler’ — renonciation explicite
  • Demande de délai de paiement sans invoquer la prescription : ‘Puis-je vous payer en plusieurs fois ?’ — renonciation implicite
  • Paiement partiel après expiration : tout versement volontaire après la prescription constitue une renonciation
  • Négociation de bonne foi sur le montant sans soulever la prescription : participation à une médiation, propositions de transaction — renonciation implicite possible

 

⚠️ Ce qui NE constitue PAS une renonciation

Ne constituent pas une renonciation à la prescription :

•       Le simple fait de ne pas répondre à une relance

•       Une promesse antérieure à l’expiration de la prescription (elle doit être postérieure)

•       Un paiement effectué sous la contrainte ou par erreur sur l’état de la prescription



5. Les erreurs fréquentes qui font croire à tort qu'une créance est irrécouvrable

Erreur fréquente

Réalité juridique

Ce que vous devez faire

‘La prescription est dépassée, c’est terminé’

Pas nécessairement — si le débiteur ne l’invoque pas, le juge ne la soulève pas d’office (en matière commerciale)

Engager quand même la procédure — le débiteur devra soulever lui-même l’exception

‘Un email de relance interrompt la prescription’

Faux — un email simple ne suffit pas. Il faut une LRAR ou un acte de commissaire de justice

Toujours relancer par LRAR en plus de l’email pour créer un acte interruptif valable

‘J’ai jusqu’à 5 ans donc je peux attendre’

Vrai sur le plan légal mais faux sur le plan pratique — le taux de recouvrement chute drastiquement avec le temps

Agir dans les 60-90 jours après l’échéance, pas au bout de 4 ans et demi

‘Le paiement partiel ne compte pas’

Faux — tout paiement partiel volontaire interrompt la prescription pour la totalité de la créance

Documenter chaque paiement partiel reçu — il repart pour 5 ans

‘La prescription empêche le paiement volontaire’

Faux — une créance prescrite peut toujours être payée volontairement, et ce paiement est définitif

Si le débiteur paie spontanément malgré la prescription : accepter sans hésiter

6. Comment éviter la prescription : les actes à accomplir

La meilleure stratégie reste d’agir avant que la prescription soit acquise. Rappel des actes interruptifs :

Acte interruptif

Effet

Remarque pratique

LRAR (lettre recommandée avec AR)

Interrompt — repart pour 5 ans

L’acte le plus simple — à envoyer dès le 1er retard significatif

Acte de commissaire de justice (commandement)

Interrompt — repart pour 5 ans

Plus fort qu’une LRAR — utilisé dans la procédure simplifiée

Action en justice (injonction, assignation)

Interrompt — nouveau délai à compter du jugement

Le jugement obtenu génère un titre valable 10 ans

Reconnaissance de dette par le débiteur

Interrompt — repart pour 5 ans

Email, lettre, SMS suffisamment précis — conserver la preuve

Paiement partiel

Interrompt — repart pour 5 ans

Même 1 € versé repart pour 5 ans — documenter chaque virement

 

📅 Règle pratique : agir avant 4 ans et demi

N’attendez jamais que la prescription arrive à son terme. À partir de 4 ans et 6 mois après l’échéance sans acte interruptif, envoyez systématiquement une LRAR. Cela vous donne 6 mois de sécurité avant l’expiration et repart le délai pour 5 ans supplémentaires.

7. FAQ — Questions fréquentes sur la prescription des créances

Le juge peut-il soulever la prescription de lui-même ?

En matière commerciale (entre commerçants) : non — la prescription est un moyen de défense que seul le débiteur peut invoquer (art. 2247 C.civ.). En matière de droit de la consommation : oui, le juge peut la soulever d’office (art. R.632-1 C.conso).

Mon client a payé une partie de la créance prescrite. Puis-je réclamer le reste ?

Le paiement partiel après prescription constitue une renonciation à la prescription pour la totalité de la créance selon la jurisprudence majoritaire. Vous pouvez donc réclamer le solde restant — et la prescription repart pour 5 ans à compter du paiement partiel.

Une créance prescrite peut-elle servir de base à une compensation légale ?

Oui — c’est l’une des rares situations où une créance prescrite garde une efficacité juridique. Si vous devez de l’argent à votre débiteur et que celui-ci vous doit une somme prescrite, vous pouvez opposer une compensation (art. 1347-7 Code civil), à condition que les deux créances aient été exigibles avant l’expiration de la prescription.

Peut-on stipuler contractuellement un délai de prescription plus court ?

Oui — l’art. 2254 C.civ. autorise les parties à réduire contractuellement le délai de prescription jusqu’à 1 an minimum. Des clauses du type ‘toute réclamation doit être formulée dans les 12 mois de la livraison’ sont valables entre professionnels. Vérifiez les CGV de vos fournisseurs ou clients — elles peuvent réduire votre délai à votre insu.

La prescription joue-t-elle automatiquement en faveur du débiteur en procédure collective ?

Non. En procédure collective, les créanciers déclarent leur créance au mandataire judiciaire. Le mandataire peut soulever la prescription, mais les délais de déclaration de créance (2 mois après publication au Bodacc) constituent des délais de forclusion distincts de la prescription — non susceptibles d’interruption ou de suspension.



En résumé

Une créance prescrite n’est pas nécessairement perdue. La prescription est un moyen de défense que le débiteur doit invoquer lui-même en matière commerciale. Si il ne le fait pas, votre action reste recevable. Et si il a reconnu la dette ou payé partiellement après l’expiration, il a renoncé à ce moyen.

Mais la meilleure stratégie reste d’agir avant : LRAR à J+30, procédure judiciaire à J+90 — et ne jamais attendre que le délai de 5 ans soit dépassé.

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