Expert-comptable : comment recouvrer des honoraires impayés sans rompre la relation client ?

Vous avez établi la liasse fiscale de votre client, préparé ses déclarations de TVA, accompagné sa gestion comptable mois après mois — et il ne paie pas ses honoraires. La situation est d’autant plus inconfortable que vous détenez ses documents comptables, que vous connaissez sa situation financière mieux que quiconque, et que rompre la relation risque de lui porter préjudice à un moment critique.

Pour un expert-comptable, le recouvrement d’honoraires impayés n’est pas une démarche comme les autres. Il se heurte à trois tensions spécifiques : la déontologie (vous ne pouvez pas vous comporter comme un créancier ordinaire sans risquer une sanction disciplinaire), la confiance (votre valeur repose sur une relation de long terme), et la dépendance technique (votre client a besoin de vous pour respecter ses obligations fiscales).

Ce guide vous donne le cadre complet pour recouvrer vos honoraires impayés sans violer la déontologie, sans perdre inutilement un bon client, et sans laisser s’accumuler des créances irrecouvrables

Sommaire - Expert-comptable : comment recouvrer des honoraires impayés sans rompre la relation client ?

Expert-comptable : comment recouvrer des honoraires impayés sans rompre la relation client ?

1. Les spécificités du recouvrement d'honoraires pour un expert-comptable

Avant d’aborder la procédure elle-même, il faut comprendre pourquoi le recouvrement d’honoraires en expertise comptable est différent d’un recouvrement B2B classique.

 

Spécificité

Ce que ça implique pour le recouvrement

Comment l’adapter

Profession libérale non commerçante

Procédure simplifiée loi 2026-307 inapplicable (réservée aux commerçants) — injonction de payer classique uniquement

Utiliser l’injonction de payer ou la procédure de l’Ordre. Créer sa société d’exercice (SARL/SAS) change la qualification

Lettre de mission obligatoire (art. 11 Code de déontologie)

La lettre de mission est votre contrat — elle fonde votre créance et définit les honoraires

Vérifier que chaque client a une LM signée et à jour. Une LM non signée fragilise la créance

Obligation de secret professionnel

Vous ne pouvez pas divulguer de données clients à des tiers sans accord — y compris à une agence de recouvrement

Le mandat de recouvrement doit être strictement encadré — les informations transmises limitées aux éléments de la créance

Relation de confiance durée longue

Un client de 10 ans qui accumule un retard ponctuel ≠ mauvais payeur systématique

Adapter le ton et la procédure selon l’historique — rompre une relation à 10 ans pour 2 mois d’impayé est contre-productif

Continuité de mission

Vous tenez les documents comptables et fiscaux du client — sa dépendance à votre mission est forte

Ne jamais utiliser les documents comme otage — illégal et déontologiquement sanctionnable

Possibilité de saisine de l’Ordre

L’Ordre des experts-comptables dispose d’une procédure de règlement des litiges d’honoraires

Voie complémentaire à explorer avant toute procédure judiciaire — plus rapide et moins coûteuse

 

La qualification juridique : profession libérale, pas commerçant

L’expertise comptable est une profession libérale réglementée. L’expert-comptable n’est pas commerçant au sens du droit français — même s’il exerce en société (SEL, SCP). Cette qualification a une conséquence directe : la procédure simplifiée de la loi 2026-307 (réservée aux créances entre commerçants) n’est pas applicable pour recouvrer des honoraires d’expertise comptable.

La voie judiciaire de droit commun pour un expert-comptable reste l’injonction de payer (art. 1405 du Code de procédure civile), déposée auprès du tribunal judiciaire — et non du tribunal de commerce. Sauf si votre client est une société commerciale et que vous exercez en SEL sous forme de SARL ou SAS — dans ce cas la qualification est plus ambiguë et dépend de la nature de votre activité selon les juridictions.

 

⚠️ Exception : l’expert-comptable en société commerciale

Si votre cabinet est une SELARL ou une SAS d’expertise comptable, certains tribunaux de commerce ont accepté de se déclarer compétents pour les litiges d’honoraires, considerant que la structure commerciale prime sur la nature libérale de l’activité. Ce point reste juridiquement incertain et dépend du tribunal saisi. En l’absence de jurisprudence constante sur ce point, consultez DCN Recouvrement pour l’analyse de votre situation spécifique.



2. Lettre de mission et facturation : vos fondements contractuels

La lettre de mission est votre pierre angulaire. Sans elle, votre créance est fragile — le client peut contester le montant des honoraires, leur exigibilité, voire l’existence même de la mission. L’article 11 du Code de déontologie des experts-comptables rend la lettre de mission obligatoire pour toute mission.

Ce que doit contenir votre lettre de mission pour protéger vos honoraires

  • La description précise des missions : tenue comptable, déclarations fiscales, bilan, conseil — chaque prestation doit être identifiée séparément
  • Le montant des honoraires : forfait mensuel, taux horaire ou les deux — toute ambiguïté sera exploitée en cas de litige
  • La périodicité de facturation : mensuelle, trimestrielle ou annuelle — préférez la facturation mensuelle pour limiter l’encours
  • Le délai de paiement : à réception de facture, 30 jours nets — mentionnez explicitement les pénalités de retard
  • La clause de résiliation : conditions dans lesquelles vous pouvez mettre fin à la mission pour impayé
  • La signature du représentant légal : pas d’un salarié ou d’un service comptabilité — le dirigeant doit signer

 

La facturation récurrente : mensualisez pour limiter l’encours

Beaucoup de cabinets pratiquent encore une facturation annuelle ou semestrielle — un reliquat d’époque qui crée des encours très élevés. En mensuant la facturation, vous limitez l’encours maximum à un ou deux mois d’honoraires. Un client qui ne paie pas sa mensualité de 800 € est plus facile à relancer qu’un client qui doit soudainement 9 600 € en fin d’année.

La transition vers la facturation mensuelle peut être progressive — un avenant à la lettre de mission suffit.

 

Le prélèvement SEPA : la quasi-suppression des impayés

Pour les clients en forfait mensuel, le prélèvement SEPA est la meilleure prévention des impayés. Une fois le mandat SEPA signé (joint à la lettre de mission), les honoraires sont prélevés automatiquement. Le taux d’impayé tombe quasi à zéro.

En cas de rejet de prélèvement, vous êtes immédiatement alerté — au lieu de découvrir un impayé de 3 mois par inadvertance. La relance peut être déclenchée le jour même du rejet.

 

3. Les 4 profils de clients impayeurs et la stratégie adaptée à chacun

Tous les clients qui ne paient pas ne sont pas dans la même situation. Adapter votre réponse au profil réel du client est la clé pour recouvrer sans rompre — ou pour décider consciemment de rompre quand c’est nécessaire.

 

Profil du client impayeur

Signaux caractéristiques

Risque de rupture

Stratégie recommandée

L’oublieux bienveillant

Bon payeur historique, retard unique < 30 jours, relation longue

🟢 Très faible

Rappel simple, ton détendu. Ne pas surréagir.

Le serré de trésorerie

Demande un délai, reconnaît la dette, régularise par petites sommes

🟡 Faible si géré bien

Proposer un échéancier formalisé par écrit. Surveiller le respect du plan.

Le contestataire

Soulève un problème de qualité ou de périmètre pour bloquer le paiement

🟠 Modéré

Répondre par écrit à la contestation, séparer la partie incontestée (à recouvrer) de la partie litigieuse (à négocier).

Le mauvais payeur systématique

Retards chroniques, multiplies créances, promesses non tenues

🔴 Élevé — mais relation à reconsidérer

Mettre en demeure fermement, envisager la résiliation de la mission, ne pas accumuler de nouvel encours.

 

La règle fondamentale : ne jamais laisser s’accumuler

Quelle que soit la relation, ne laissez jamais dépasser 3 mois d’honoraires impayés sans action formelle. Au-delà, plusieurs risques s’accumulent : la créance grossit jusqu’à un niveau potentiellement insupportable pour le client, la relation devient tendue, et si le client rentre en difficulté financière, vous avez un encours qui représente une perte significative.

4. La séquence de relances : de l'administratif au judiciaire

La séquence de relances pour un cabinet comptable doit équilibrer efficacité commerciale et rigueur procédurale. Chaque étape doit être documentée en vue d’une éventuelle procédure judiciaire.

 

Stade

Délai

Action et posture recommandée

Canal

Rappel

J+5

Ton neutre, administratif. ‘Votre facture n°XXX de X € est arrivée à échéance le [date]. Peut-être un oubli de virement ? Merci de régulariser sous 5 jours.’ Pas d’accusation, pas de menace.

Email facturation

Relance 1

J+15

Ton professionnel mais ferme. Mentionner les pénalités de retard qui courent. Proposer un contact téléphonique pour comprendre la situation. ‘Si vous rencontrez des difficultés de trésorerie, nous pouvons étudier un échéancier.’

Email + appel par le responsable de dossier

Entretien

J+20-25

Appel ou rendez-vous avec le gérant ou DAF — pas avec le service comptabilité. Comprendre la situation réelle : impayé ponctuel ou difficulté structurelle ? Proposer un plan de règlement formalisé.

Appel téléphonique (responsable du dossier ou associé)

Mise en demeure

J+30

Courrier formel mentionnant les sommes dues, les pénalités de retard courues, l’indemnité forfaitaire de 40 €, et l’intention de saisir l’Ordre ou d’engager une procédure judiciaire si non-réponse sous 15 jours.

LRAR + email avec AR

Saisine de l’Ordre (optionnel)

J+45

Demande de règlement amiable via la chambre régionale de l’Ordre. Procédure confidentielle, plus rapide qu’une procédure judiciaire.

Courrier à la chambre régionale de l’Ordre

Injonction de payer

J+60

Requête au tribunal compétent (tribunal judiciaire en général, car profession libérale). Titre exécutoire obtenu en 2-6 mois selon les tribunaux.

Via huissier de justice / agence de recouvrement

 

Qui doit relancer : le collaborateur ou l’associé ?

C’est une question stratégique souvent négligée. Le collaborateur en charge du dossier ne devrait pas être le seul à relancer : cela crée une confusion des rôles et peut fragiliser la relation. Le responsable de portefeuille ou l’associé doit intervenir dès la deuxième relance, signalant au client que la direction est impliquée — sans dramatiser.

Pour les mises en demeure et les démarches judiciaires, c’est toujours l’associé ou le cabinet en tant que personne morale qui agit — jamais le collaborateur directement.

 

📝 Modèle de mise en demeure pour expert-comptable

Objet : Mise en demeure de régler nos honoraires — Factures impayées

Madame, Monsieur [Nom du dirigeant],

Malgré nos relances des [dates], les factures suivantes restent à ce jour impayées :

• Facture n°[XXX] du [date] : [montant] € — échéance [date]

• Facture n°[XXX] du [date] : [montant] € — échéance [date]

Soit un total dû de [montant] € HT, auquel s’ajoutent les pénalités de retard de [taux]% depuis [date], représentant [montant] €, ainsi qu’une indemnité forfaitaire légale de [40 × nb factures] €.

Nous vous mettons en demeure de régler l’intégralité des sommes dues dans un délai de 15 jours à compter de la réception de ce courrier.

À défaut, nous nous verrons contraints d’engager une procédure judiciaire et/ou de saisir la chambre régionale de l’Ordre des experts-comptables.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de nos salutations distinguées.

Note : Adapter selon que vous souhaitez mentionner ou non la résiliation de mission. L’envoi par LRAR est indispensable.

 

5. Le recours à l'Ordre des experts-comptables

L’Ordre des experts-comptables dispose, via ses chambres régionales, d’une procédure de règlement amiable des litiges d’honoraires. C’est une voie souvent méconnue mais très utile avant d’engager une procédure judiciaire.

Comment fonctionne la procédure de l’Ordre ?

Vous saisissez la chambre régionale de l’Ordre par courrier motivé, en joignant votre lettre de mission, les factures impayées et les relances effectuées. La chambre :

  1. Contacte le client pour recueillir sa position
  2. Tente une conciliation amiable entre les parties
  3. Si la conciliation échoue, peut émettre une recommandation sur le montant des honoraires dus

 

Avantages et limites

Avantages : procédure confidentielle, plus rapide qu’une procédure judiciaire, permet de préserver la relation, pas de coût judiciaire, la recommandation de l’Ordre a un poids moral fort

Limites : la recommandation n’est pas exécutoire — si le client la refuse, il faut quand même passer par la voie judiciaire. Et la procédure n’est applicable que si les deux parties acceptent de participer.

 

💡 Quand saisir l’Ordre plutôt que le tribunal ?

•       Le client reconnaît la dette mais conteste le montant ou demande un délai — l’Ordre peut faciliter un accord

•       La relation commerciale vaut plus que la créance (client stratégique, longue durée) — l’Ordre permet de trouver un terrain d’entente sans confrontation judiciaire

•       Le client est lui-même professionnel libéral ou chef d’entreprise influent — une procédure judiciaire pourrait nuire à votre réputation dans votre réseau local

•       La créance est inférieure à 3 000 € — le coût et le temps d’une procédure judiciaire sont disproportionnés

6. Suspension et résiliation de mission : ce que dit la déontologie

C’est le point le plus délicat pour les experts-comptables. Vous pensez peut-être à suspendre vos travaux ou à résilier la mission pour faire pression sur le paiement. La déontologie encadre strictement ces décisions.

 

Question

Suspension de mission

Résiliation de la lettre de mission

Base déontologique

Possible en cas de difficultés relationnelles — mais doit rester exceptionnelle et ne peut pas servir de pression sur les honoraires

Art. 21 Code de déontologie : résiliation possible pour motif légitime (dont impayé persistant) avec respect d’un préavis raisonnable

Impact sur les travaux en cours

Vous suspendez les travaux non urgents — mais vous devez assurer les obligations fiscales imminentes (déclarations TVA, liasse fiscale en cours de période)

Vous devez informer le client à l’avance et lui donner le temps de trouver un successeur — délai raisonnable selon l’Ordre

Dossiers et documents

Vous conservez les dossiers mais ne pouvez pas les retenir en otage — le client y a droit à tout moment

Documents à restituer intégralement au successeur ou au client, même si les honoraires restent impayés — obligation déontologique

Honoraires impayés

La suspension ne résout pas l’impayé existant — il reste dû

La résiliation ne fait pas disparaître les honoraires antérieurs impayés — ils restent recouvrables

Risque disciplinaire

Aucun si la suspension est justifiée et temporaire

Aucun si les règles déontologiques de résiliation sont respectées — délai de prévenance suffisant

 

Ce que vous ne pouvez jamais faire : le droit de rétention

Contrairement à ce que certains praticiens pensent, l’expert-comptable ne dispose pas d’un droit de rétention sur les documents comptables de son client. La jurisprudence est constante : les pièces comptables appartiennent au client, pas au cabinet. Les retenir pour contraindre au paiement des honoraires est :

  • Illégal : constitutif d’un abus de confiance ou d’une rétention abusive
  • Déontologiquement sanctionnable : l’Ordre peut prononcer une suspension ou une radiation
  • Contre-productif : le client peut obtenir une ordonnance du juge pour récupérer ses documents en urgence

 

La résiliation déontologique pour impayé : le mode d’emploi

Si vous décidez de résilier la mission pour impayé persistant, voici les règles à respecter :

  1. Envoyez une mise en demeure préalable — la résiliation sans mise en demeure préalable est contraire au Code de déontologie
  2. Respectez un délai de prévenance raisonnable — l’Ordre recommande un minimum de 30 jours, sauf urgence. Pour les clients dont la liasse fiscale est en cours, attendez la fin de la mission saisonnière
  3. Informez le client de ses obligations — notamment les déclarations fiscales imminentes qu’il devra gérer ou confier à un successeur
  4. Restituez tous les documents — sans délai, sans condition de paiement
  5. Documentez tout : dates, contenus, mode d’envoi — en cas de contentieux déontologique avec le client, vous devrez prouver que vous avez respecté les formes

 

7. La procédure judiciaire : injonction de payer et ses variantes

L’injonction de payer : la voie principale

L’expert-comptable étant profession libérale, c’est l’injonction de payer (art. 1405 CPC) déposée au greffe du tribunal judiciaire qui est la procédure adaptée. Elle permet d’obtenir une ordonnance d’injonction de payer, qui peut être convertie en titre exécutoire si le débiteur ne conteste pas dans le mois suivant la signification.

Le dossier à constituer : lettre de mission signée, factures impayées, preuves de relances, copie de la mise en demeure LRAR avec AR.

 

La procédure simplifiée (loi 2026-307) : quand est-elle accessible ?

Comme indiqué en section 1, la procédure simplifiée est réservée aux créances entre commerçants. Un expert-comptable en nom propre ou en SEL libérale ne peut pas l’utiliser directement.

Exception : si votre client est une société commerciale et que vous exercez en société d’exercice libéral sous forme commerciale (SELARL, SELAS), certains tribunaux ont admis la compétence du tribunal de commerce. Mais ce point reste incertain — consultez DCN Recouvrement pour une analyse au cas par cas.

 

L’injonction simplifiée pour les petites créances

Pour les créances de moins de 5 000 €, la procédure simplifiée de l’article L.125-1 CPCE (ex-loi Macron, non confondue avec la loi 2026-307) peut être utilisée si le client accepte de participer. Elle est plus rapide mais nécessite l’accord du débiteur — peu probable en cas de litige.

8. Les clauses à intégrer dans votre lettre de mission

La meilleure stratégie de recouvrement reste préventive. Des clauses bien rédigées dans la lettre de mission réduisent drastiquement les impayés et vous donnent une base solide pour agir.

 

Clause de la lettre de mission

Pourquoi elle est indispensable

Formulation recommandée

Honoraires et mode de calcul

Fonde la créance — sans mention précise, les honoraires peuvent être contestés

‘Les honoraires sont fixés à X € HT/mois pour les prestations définies à l’article X, révisables annuellement.’

Délai de paiement et date d’échéance

Détermine l’exigibilité de la créance

‘Paiement à réception de facture, délai maximum 30 jours. Tout retard entraîne des pénalités de retard (taux BCE + 10 pts) et une indemnité forfaitaire de 40 €.’

Acompte sur honoraires

Réduit l’exposition sur les missions de longue durée

‘Un acompte de X € est versé à la signature, à valoir sur les honoraires de la première année.’

Prélèvement automatique (SEPA)

Supprime le risque d’oubli — quasi-zéro impayé sur les missions récurrentes

‘Le client autorise le prélèvement SEPA de ses honoraires mensuels selon le mandat joint en annexe.’

Clause de résiliation pour impayé

Fonde déontologiquement la résiliation — évite les actions disciplinaires

‘En cas de non-paiement d’une facture dans les 60 jours d’une mise en demeure, le cabinet se réserve le droit de résilier la présente lettre de mission.’

Juridiction compétente

Détermine le tribunal compétent

‘Tout litige relatif aux présents honoraires relève de la compétence exclusive du tribunal judiciaire de [ville du cabinet].’

9. FAQ — Questions spécifiques aux cabinets comptables

Mon client dit qu’il ne paie pas parce qu’il n’est pas satisfait de ma prestation. Que faire ?

C’est la contestation classique utilisée comme levier de blocage. Il faut traiter la contestation et la créance séparément : (1) répondez par écrit à la contestation en vous appuyant sur la lettre de mission et les travaux réalisés, (2) isolez la partie incontestablement due (exemple : les mois où aucune contestation n’a été soulevée) et engagez une procédure sur cette partie, (3) proposez une médiation via l’Ordre pour la partie contestée.

Un client qui n’a jamais signalé de problème pendant 18 mois et qui soulève brusquement des problèmes de qualité dès que vous relancez les impayés ne sera pas cru facilement par un juge

Puis-je confier le recouvrement de mes honoraires à une agence comme DCN Recouvrement ?

Oui, sous réserve du respect du secret professionnel. Vous pouvez mandater une agence de recouvrement pour agir en votre nom, mais uniquement en lui transmettant les informations strictement nécessaires à l’identification de la créance (identité du débiteur, montant dû, justificatifs contractuels). Vous ne pouvez pas transmettre des informations comptables ou fiscales confidentielles sur votre client.

DCN Recouvrement est habitué à travailler dans ce cadre avec des professions libérales et respecte strictement les obligations de confidentialité liées à votre déontologie.

Mon client est en difficulté financière mais reste de bonne foi. Dois-je quand même agir ?

Si le client est de bonne foi et en difficulté temporaire, la meilleure approche est l’échéancier formalisé : un plan d’apurement écrit, avec échéances précises, signé par le dirigeant. Cela vous permet de :

  • Maintenir la relation et accompagner votre client dans sa difficulté
  • Avoir une base contractuelle solide si le plan n’est pas respecté
  • Provisionner intelligemment votre créance en comptabilité (risque mesuré)

Si le client entre en procédure collective pendant cette période, votre plan d’apurement constituera une reconnaissance de dette utile pour votre déclaration de créance.

Mes honoraires de fin de mission (liasse fiscale) ne sont pas encore facturés. Puis-je les inclure dans la mise en demeure ?

Uniquement si la prestation est intégralement réalisée à la date de la mise en demeure. Une créance sur des travaux non encore exécutés n’est pas exigible. Si la liasse fiscale est en cours de finalisation, attendez la livraison pour facturer et inclure cette facture dans vos réclamations.

Combien de temps ai-je pour recouvrer des honoraires impayés ? Y a-t-il une prescription ?

Les honoraires des professions libérales sont soumis à la prescription de droit commun de 5 ans (art. 2224 Code civil), à compter de la date d’exigibilité de chaque facture. Attention : ce délai court dès l’échéance, pas depuis la mise en demeure. Une facture arrivée à échéance en juin 2021 sera prescrite en juin 2026 sauf si vous avez interrompu la prescription (mise en demeure, reconnaissance de dette, paiement partiel).

 

En résumé

Recouvrer ses honoraires sans rompre la relation client n’est pas une contradiction — c’est une question de méthode et de timing. Relancer tôt, avec le bon ton et la bonne personne, préserve quasi-systématiquement la relation. C’est l’attente prolongée, l’accumulation silencieuse et la mise en demeure tardive qui créent les tensions irréparables.

Les outils existent — procédure de l’Ordre, injonction de payer, SEPA préventif, lettre de mission renforcée. Ce qui manque souvent dans les cabinets, c’est une politique de recouvrement formalisée : qui relance, quand, comment, et à partir de quand on externalise.

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