L’été 2026 est une date charnière. La majorité des Prêts Garantis par l’État souscrits lors de la première vague Covid (mars-juin 2020) arrivent à leur échéance finale de remboursement à la mi-2026. Pour les 600 000+ entreprises encore en phase de remboursement, cette dernière annuité tombe au pire moment : trésoreries sous pression, activité atone, charges élevées, 71 100 défaillances annuelles.
Pour vous, en tant que fournisseur, prestataire ou sous-traitant, cet événement calendaire n’est pas neutre. Certains de vos clients qui payaient correctement jusqu’ici peuvent brusquement basculer dans l’incapacité de règlement dès cet été. Non pas parce que leur activité se dégrade soudainement, mais parce que la dernière annuité de leur PGE épuise une trésorerie déjà tendue.
La bonne nouvelle : cette fenêtre d’alerte est prévisible. Vous pouvez agir maintenant, avant l’été, pour identifier vos clients exposés et mettre en place les protections adaptées. Ce guide vous donne le cadre complet pour le faire.
Pour comprendre le risque, il faut d’abord comprendre le mécanisme de remboursement des PGE.
📅 Rappel technique : structure de remboursement des PGE • Période de souscription : mars 2020 à décembre 2021 • Franchise en capital : 1 an à partir de la souscription — aucun remboursement de capital la première année • Durée maximale : 6 ans — soit un remboursement total au plus tard fin 2027 pour les derniers PGE • Schéma le plus fréquent : PGE souscrit au printemps 2020 + franchise 1 an = remboursements débutés mi-2021 pour 5 ans = échéance finale mi-2026 • PGE restructurés : étalement jusqu’à 10 ans via Médiation du crédit — dernières échéances en 2030 La majorité des PGE (souscrits lors de la première vague avril-juin 2020) arrivent à leur dernière annuité entre juin et août 2026 |
Période | Ce qui se passe côté PGE | Risque pour vos créances | Action créancier recommandée |
Maintenant — juin 2026 | Dernières annuités des PGE à 6 ans (souscription 2020) arrivent à échéance | Trésoreries tendues, premiers retards de paiement fournisseurs | Audit de votre portefeuille clients exposés — identifier les profils à risque |
Juillet — août 2026 | PEAK : majorité des échéances finales PGE (mi-2026) | Pic de tension de trésorerie — hausse des défaillances attendue | Réduire l’encours accordé aux clients fragiles. Déclencher relances dès J+1 |
Septembre — octobre 2026 | Entreprises qui n’ont pas remboursé entrent en défaut | Procédures collectives post-estivales — vague de défaillances attendue | Si impayé persistant après juillet : procédure simplifiée ou injonction immédiate |
Nov. 2026 — déc. 2027 | PGE restructurés (10 ans) encore en cours de remboursement | Risque résiduel mais atténué — entreprises déjà accompagnées | Maintien vigilance standard — les cas critiques sont déjà connus |
La fenêtre critique est donc juillet-août 2026. C’est pendant cette période que les trésoreries vont être les plus sollicitées — dernière annuité PGE, charges estivales, ralentissement saisonnier de l’activité pour beaucoup de secteurs. Les défaillances post-estivales de septembre-octobre 2026 sont la conséquence directe de ce pincement de trésorerie.
📊 Les chiffres clés du risque PGE à l’été 2026 • 700 000+ entreprises bénéficiaires de PGE au total • 600 000+ encore en phase de remboursement en 2026 • 107 milliards € distribués aux TPE/PME — environ 30 % du stock restait à rembourser début 2025 • 7,5 % des entreprises ayant souscrit un PGE sont en zone à risque de non-remboursement selon l’analyse du Conseil d’Analyse Économique • 19 % des entreprises ayant souscrit entre avril 2020 et janvier 2021 avaient remboursé moins de la moitié de leur PGE à juin 2024 (CAE) • 4 % des dirigeants encore en remboursement craignent de ne pas pouvoir rembourser leur PGE (Bpifrance, chiffre stable depuis 2021) • ~27 000 entreprises potentiellement en risque de défaut (4 % × 680 000 bénéficiaires actifs) |
Ces chiffres appellent une nuance importante : la majorité des entreprises rembourse sans difficulté. Mais dans le contexte de 71 100 défaillances annuelles et de trésoreries sous pression généralisée, même une minorité de 5 à 10 % d’entreprises en difficulté PGE représente 35 000 à 70 000 entreprises — dont certaines sont probablement dans votre portefeuille clients.
Selon l’analyse du Conseil d’Analyse Économique, les entreprises les plus exposées au risque de non-remboursement sont celles dont le PGE représente plus de 14 % de leur chiffre d’affaires annuel. À ce niveau, les annuités de remboursement représentent plus de 7 % du CA — un poids insupportable pour une TPE dont la marge nette est généralement inférieure à 5 %.
Ces entreprises sont majoritairement des TPE (moins de 10 salariés), des structures des secteurs les plus touchés (services, transport, agriculture, commerce de détail), et des jeunes entreprises
Vous ne savez pas si votre client a un PGE, ni quel en est le montant — cette information est confidentielle entre l’entreprise et sa banque. Mais vous pouvez identifier les profils clients les plus exposés en combinant des critères publics.
Les bénéficiaires PGE les plus exposés sont les microentreprises et TPE (moins de 10 salariés, CA < 2 M€). Ce sont elles qui ont le plus souscrit de PGE importants par rapport à leur CA, et qui ont le moins de marges de manœuvre pour absorber les annuités.
Dans votre base clients, classez par taille et concentrez votre attention sur les plus petites structures, surtout si elles ont été créées avant 2022 et sont dans un secteur touché.
Certains secteurs ont des taux de défaillance PGE structurellement plus élevés :
Un client qui payait parfaitement jusqu’en 2024 et qui a commencé à accuser des retards légers depuis début 2026 est potentiellement en train d’absorber ses annuités PGE au détriment de ses fournisseurs. Ce glissement progressif est le signal le plus précoce et le plus accessible.
Une entreprise en difficulté retarde souvent le dépôt de ses comptes. Vérifiez sur Infogreffe.fr que les comptes 2023 et 2024 de vos clients les plus importants sont déposés. Un retard de plus de 6 mois est un signal d’alerte fort — corrélé avec 166 % de hausse des défaillances pour ce profil selon Creditsafe.
| Profil client | Signaux détectables | Niveau de risque PGE | Action prioritaire |
① | TPE < 3 salariés, < 2 M€ de CA, secteur services ou transport | Retards de paiement, comptes non déposés, secteur sinistré | 🔴 Très élevé | Acompte 50 % + délais 30 j max |
② | PME ayant souscrit un PGE élevé (> 15 % de son CA annuel) | Endettement structurellement trop lourd — calcul Banque de France | 🔴 Très élevé | Vérifier score Fiben, réduire encours |
③ | Entreprise créée après 2019 (< 5 ans en 2026) | Pas de fonds propres suffisants, fragilité amplifiée par le PGE | 🟠 Élevé | Relances préventives, acompte |
④ | Secteurs agriculture, taxis, propreté, habillement | Secteurs sinistrés — cumul risque sectoriel + PGE | 🟠 Élevé | Conditions paiement renforcées |
⑤ | Client avec un PGE restructuré (étalement 10 ans) | A déjà eu des difficultés — plan de remboursement fragile | 🟡 Modéré | Surveillance Bodacc mensuelle |
⑥ | PME 10-50 salariés, secteur stable, bonne antériorité de paiement | Risque résiduel faible si pas d’autre signal | 🟢 Faible | Suivi standard, pas d’action spécifique |
Faites cet audit maintenant, avant juillet. C’est 2 à 3 heures de travail qui peuvent vous éviter des mois de contentieux et des pertes significatives.
| Vérification à effectuer sur chaque client | Outil / Source |
☐ | Lister tous les clients actifs ayant souscrit un PGE (TPE/PME créées avant 2022, tous secteurs) | Votre CRM + connaissance commerciale |
☐ | Vérifier que leurs derniers comptes annuels sont déposés au greffe | Infogreffe.fr (gratuit) — alert si > 6 mois de retard |
☐ | Vérifier l’absence de procédure collective au Bodacc | Bodacc.fr (gratuit) — à faire mensuellement |
☐ | Calculer l’encours actuel accordé à chaque client à risque | Votre comptabilité fournisseurs — calcul du DSO par client |
☐ | Identifier les clients dont un seul représente > 15 % de votre CA | Analyse interne — si c’est le cas, assurance-crédit obligatoire |
☐ | Vérifier l’historique de paiement des 12 derniers mois pour chaque client à risque | Votre logiciel comptable — identifier tout retard récent |
☐ | Commander un score de risque pour vos 10-15 clients les plus exposés | Ellisphere, Altares, Infolegale — à partir de 5-15 €/rapport |
☐ | Contacter votre assureur-crédit (si existant) pour vérifier les couvertures à risque | Coface, Allianz Trade, Atradius — révision semi-annuelle |
💡 Comment prioriser votre audit si vous avez beaucoup de clients Concentrez-vous en priorité sur les clients qui réunissent au moins 2 de ces critères : • CA client > 5 000 € sur les 12 derniers mois • Secteur à risque élevé (transport, services, agriculture, restauration, commerce) • TPE ou micro-entreprise créée avant 2022 • Au moins un retard de paiement constaté en 2026 Ces clients concentrent l’essentiel de votre risque PGE. Commencez par eux. |
Le risque PGE est un sujet sensible. La plupart des dirigeants n’ont pas envie d’en parler et peuvent percevoir toute question directe comme une remise en cause de leur solvabilité. La clé est d’aborder le sujet de manière commerciale et bienveillante, jamais comme une mise en accusation.
Situation détectée | Comment aborder le sujet avec votre client | Ce que vous pouvez obtenir |
Client qui paie avec retard depuis 2-3 mois | Appel commercial direct (pas comptabilité) : ‘Nous avons noté un décalage sur vos derniers règlements. Y a-t-il quelque chose que nous pouvons faire ensemble pour faciliter les paiements ?’ | Accord sur un échéancier formalisé par écrit (reconnaissance de dette implicite). Réduction de l’encours pour les prochaines commandes. |
Client qui vous demande un délai de paiement exceptionnel | ‘Nous pouvons étudier cela. Pour nous permettre d’y donner suite, pourriez-vous nous confirmer par écrit les modalités que vous proposez et la date de régularisation ?’ → formalisation écrite obligatoire | Plan d’apurement signé = titre de créance plus fort. Vous avez une base pour la procédure simplifiée si le plan n’est pas respecté. |
Client qui réduit ses commandes sans explication | ‘Nous souhaitons comprendre comment nous pouvons mieux vous accompagner. Y a-t-il des ajustements à apporter à nos conditions ?’ → écoute active pour détecter les signaux de difficultés | Information sur la situation réelle du client. Permet de décider si vous continuez à livrer et sur quelles conditions. |
Client que vous suspectez en difficulté PGE | Ne pas aborder directement le PGE (confidentiel). Concentrez-vous sur sa trésorerie : ‘Est-ce que nos délais de paiement actuels vous conviennent ? Nous pouvons étudier des conditions différentes si besoin.’ | Information utile sur ses capacités réelles. Si difficultés confirmées : proposer un acompte et réduire l’encours immédiatement. |
Si votre client reconnaît ou signale des difficultés de remboursement PGE, voici ce qu’il peut faire — et comment chaque scénario impacte votre créance.
Situation côté client | Solution côté client disponible | Impact sur votre créance | Votre action en parallèle |
PGE non remboursé, pas encore en cessation | Médiation du crédit (BdF) — rééchelonnement jusqu’à fin 2026 | Délai de paiement allongé mais client reste actif | Accepter un échéancier si bien formalisé |
PGE non remboursé, difficultés mais solvable | Mandat ad hoc confidentiel | Procédure confidentielle — vous pouvez toujours recouvrer | Recouvrement normal — ne pas attendre |
PGE en défaut, difficultés sérieuses | Procédure de conciliation (tribunal) | Possible gel de certaines créances dans l’accord | Négocier directement ou via mandataire |
Cessation de paiements déclarée | Redressement judiciaire — plan sur 10 ans max | Arrêt des poursuites individuelles — déclaration de créance obligatoire | Déclarer créance sous 2 mois au mandataire |
Liquidation judiciaire | Réalisation des actifs — distribution aux créanciers | Taux de récupération < 5 % pour créanciers ordinaires | Déclarer créance + exercer clause réserve si applicable |
Si votre client bénéficie d’un rééchelonnement de son PGE via la Médiation du crédit, il continue à exister — c’est positif pour vous à long terme. Mais ses capacités de paiement à court terme restent limitées.
Dans ce cas, formaliser un accord de paiement avec ce client (plan d’apurement avec échéancier signé) vous donne une base solide pour la procédure simplifiée ou une injonction de payer si le plan n’est pas respecté. Ne laissez pas la situation traîner sans formalisation écrite.
Si malgré votre vigilance un client ne paie pas ses factures estivales, agir dans les 30 jours est impératif. Dans le contexte PGE de l’été 2026, chaque semaine de délai augmente le risque que le client bascule en procédure collective — rendant toute poursuite individuelle impossible.
La procédure simplifiée de la loi 2026-307 (entrée en vigueur le 25 avril 2026) est particulièrement adaptée au contexte PGE :
⏰ Votre planning action pour l’été 2026 Maintenant (juin 2026) : audit de votre portefeuille — identifier les clients à risque PGE Juillet 2026 : surveillance renforcée, relances dès J+1, réduction d’encours pour les profils à risque Dès impayé constaté : relance téléphonique J+1, mise en demeure LRAR J+15, saisine commissaire de justice J+30 Si procédure collective s’ouvre : déclarer votre créance dans les 2 mois suivant la publication Bodacc — délai impératif Ne laissez aucun impayé estival traîner au-delà de 30 jours. Le contexte PGE de 2026 est une menace temporellement concentrée. |
Non directement. Le PGE est une information confidentielle entre l’entreprise et sa banque. Il n’est pas publié au Kbis ni au Bodacc. En revanche, vous pouvez identifier indirectement le risque par les critères décrits dans cet article : taille de l’entreprise, secteur, historique de paiement, dépôt de comptes. Un rapport de solvabilité Ellisphere ou Altares peut signaler un endettement inhabituellement élevé sans détailler la nature des emprunts.
Ne refusez pas automatiquement. Si le client est de bonne foi et que son rééchelonnement est en cours, accordez un délai formalisé par un accord écrit : plan d’apurement signé, reconnaissance de la dette, calendrier de paiement précis. Cet écrit vous protège. S’il ne respecte pas ce plan, vous pouvez déclencher la procédure simplifiée ou une injonction de payer sur la base de cet accord.
Oui. L’été concentre plusieurs facteurs de risque simultanés : (1) dernières annuités PGE pour des milliers d’entreprises, (2) ralentissement d’activité saisonnier pour de nombreux secteurs, (3) réduction des équipes (congés) qui retarde les relances et les paiements, (4) retards de règlement public (collectivités, hôpitaux) souvent plus longs en été. La combinaison de ces facteurs fait de juillet-août 2026 une période à risque élevé.
Un peu, mais pas complètement. Le rééchelonnement signifie que la pression de remboursement immédiate est allégée — le client bénéficie d’annuités plus faibles. Mais il a aussi démontré par la demande de restructuration qu’il avait des difficultés. Son plan de remboursement sur 10 ans reste fragile si son activité se dégrade. Maintenez une surveillance modérée sur ce profil et exigez des délais de paiement courts (30 jours) pour les nouvelles commandes.
Non. La médiation du crédit est une procédure amiable et confidentielle entre votre client, sa banque et l’État. Elle ne crée aucune procédure collective. Vos droits de créancier sont intégralement maintenus. Vous pouvez continuer à recouvrer normalement, déclencher des relances, une mise en demeure ou une procédure judiciaire pendant toute la durée de la médiation.
L’été 2026 est un événement calendaire prévisible. Contrairement à une crise soudaine, vous savez maintenant que les trésoreries de vos clients les plus exposés vont être sous pression maximale entre juin et septembre 2026.
Cette prévisibilité est une chance : vous avez quelques semaines pour agir — identifier vos clients à risque, réduire votre exposition, formaliser des accords de paiement, mettre en place les protections contractuelles manquantes. Et si un impayé survient malgré tout, la procédure simplifiée de la loi 2026-307 vous donne un outil sans précédent pour agir vite, sans frais, avant que votre client bascule en procédure collective.
Comptabilité et finance, procédures et réglementations, études, aspect juridique et actualité : découvrez nos différents articles et nos études en lien avec le recouvrement de créances.
