Combien de relances avant une mise en demeure ?

La réponse directe

La loi ne fixe aucun minimum — vous pouvez techniquement envoyer une mise en demeure dès le premier jour de retard. En pratique, la règle professionnelle est de 2 à 3 relances avant la mise en demeure, envoyées entre J+1 et J+30. Au-delà de 3 relances sans résultat, vous envoyez un signal de faiblesse : le débiteur comprend qu’il peut continuer à ne pas payer sans conséquences. Deux à trois relances créent la pression croissante nécessaire — sans banaliser votre procédure.

Un trop grand nombre de relances ne renforce pas votre position — il l’affaiblit. Un débiteur qui reçoit 8 emails de relance sur 3 mois comprend une chose : son créancier n’est pas prêt à agir. À l’inverse, une mise en demeure envoyée après 2 relances bien structurées signale une procédure sérieuse et obtient souvent un paiement immédiat. Ce guide vous explique comment calibrer votre séquence selon le profil du client et le montant en jeu.

Sommaire - Combien de relances avant une mise en demeure ?

Combien de relances avant une mise en demeure ?

1. Ce que dit la loi : aucun minimum imposé

C’est la première chose à retenir : la loi française n’impose aucun nombre minimum de relances avant d’envoyer une mise en demeure. L’article 1344 du Code civil dispose simplement que le débiteur est mis en demeure « par une sommation ou un acte portant interpellation suffisante » — sans condition préalable de relance.

Service-Public Entreprendre le confirme explicitement : « Juridiquement, la relance n’est pas un acte obligatoire en cas d’impayé ». Il est parfaitement légal d’adresser directement une mise en demeure dès le lendemain de l’échéance. En pratique, les professionnels du recouvrement recommandent néanmoins de passer par une séquence de relances amiables — pour des raisons stratégiques, pas légales.

 

Ce que disent les textes en résumé

Nombre légal minimum de relances : 0 (aucun)

Délai légal entre relances et mise en demeure : Aucun (vous pouvez envoyer la mise en demeure le lendemain de l’échéance)

Délai légal accordé dans la mise en demeure : Aucun délai imposé — mais 8 à 15 jours est la pratique professionnelle standard

Nombre de relances recommandé en pratique : 2 à 3 selon les professionnels du recouvrement

2. Pourquoi 2 à 3 relances est la règle professionnelle

Si aucun minimum n’est imposé, pourquoi la quasi-totalité des professionnels du recouvrement recommandent-ils 2 à 3 relances ? Quatre raisons concrètes.

Raison 1 : La preuve de bonne foi devant le juge

Selon le ministère de la Justice, le juge peut apprécier les efforts de relance comme preuve de bonne foi du créancier en cas de litige. Un créancier qui a tenté au moins deux fois de régler la situation à l’amiable avant de saisir la justice se trouve dans une position plus favorable qu’un créancier qui a envoyé une mise en demeure dès le lendemain de l’échéance. Les 2-3 relances documentées renforcent votre dossier.

Raison 2 : 70 % des impayés se règlent dès la première ou deuxième relance

Selon les données des agences de recouvrement, 70 % des clients qui paient en retard le font par oubli ou désorganisation. Une ou deux relances suffisent dans la majorité des cas. Sauter l’amiable pour aller directement à la mise en demeure risque de dégrader inutilement une relation commerciale avec un client de bonne foi.

Raison 3 : La pression croissante crée l’urgence

La séquence cordial → professionnel → ferme → formel crée une escalade psychologique qui incite au paiement. Chaque étape monte d’un cran. La mise en demeure, reçue après deux relances progressives, a un impact fort. La même mise en demeure envoyée à froid, sans relance préalable, peut sembler disproportionnée et pousser le client à contester.

Raison 4 : Les relances amiables permettent de recouvrer 84 % des créances sous 30 jours

Selon l’éditeur Sidetrade, les relances amiables bien structurées permettent de recouvrer jusqu’à 84 % des factures en moins de 30 jours. C’est le taux que visent les agences de recouvrement professionnelles. Le cabinet Arc rapporte quant à lui que 80 % des factures impayées sont réglées avant la phase judiciaire avec un suivi rigoureux. Ces chiffres justifient pleinement les 2-3 relances avant mise en demeure.



3. Les 3 relances types : contenu, ton et canal à chaque étape

Chaque relance a un rôle distinct. Voici le contenu optimal de chacune.

 

Étape

Ton

Canal recommandé

Ce qu’il faut mentionner

Relance 1

Cordial, factuel, sans reproche

Email simple (trace) + appel optionnel

Numéro de facture, montant, date d’échéance, coordonnées bancaires — et rien d’autre

Relance 2

Professionnel, direct

Email + appel téléphonique

Rappel de la relance précédente, pénalités de retard (montant calculé), indemnité 40 €, date limite de réponse

Relance 3

Ferme, sans agressivité

Email + éventuellement LRAR simple

Dernière chance avant mise en demeure, mention explicite des suites (procédure judiciaire), délai court (5 jours)

Mise en demeure

Formel, sans équivoque

LRAR (lettre recommandée avec AR) ou LRE

Montant total (principal + pénalités + 40 €), récapitulatif des relances, délai 8 jours, mention procédure judiciaire

 

Le principe d’escalade progressive

La progression tonale est essentielle. Passer brutalement d’un email très cordial à une mise en demeure sans étapes intermédiaires peut déstabiliser un client de bonne foi et le pousser à contester. À l’inverse, rester sur un ton trop aimable trop longtemps signale que vous n’êtes pas prêt à agir. La montée en pression graduelle est la technique qui produit les meilleurs résultats.

4. Calendriers optimaux selon le profil du débiteur

Tous les débiteurs ne se traitent pas de la même manière. La séquence de relances doit être adaptée au profil — montant, historique relationnel, signaux détectés.

Profil du débiteur

Relance 1

Relance 2

Relance 3

Mise en demeure

Bon client habituel (1er retard)

J+3 (email cordial)

J+10 (appel + email)

J+20 (email ferme)

J+28-30

Client B2B standard

J+1 (email)

J+7 (appel + email)

J+15 (email + pénalités)

J+20-25

Client à antécédents de retard

J+1 (email)

J+5 (appel)

J+10-15

Client signaux de mauvaise foi

J+1 (email)

J+5 (appel ferme)

J+10

Mauvaise foi évidente / refus

J+1 (mise en demeure directe)

J+1

La règle des signaux d’alarme

Certains signaux justifient d’accélérer vers la mise en demeure sans attendre 3 relances : (1) Contestation sans motif précis qui surgit uniquement après votre relance. (2) Absence totale de réponse — emails non ouverts, appels non décrochés, messagerie systématique. (3) Vérification BODACC qui révèle une procédure collective en cours. (4) Bruit de marché sur des difficultés financières. (5) Comportement inhabituel d’un client habituellement ponctuel. Ces signaux justifient de passer directement à la mise en demeure — ou même à la procédure simplifiée.

5. La mise en demeure : ce qui change après les relances

La mise en demeure n’est pas une relance de plus. C’est un acte juridique d’une autre nature, avec des effets légaux propres que les relances amiables n’ont pas.

Les 4 effets juridiques de la mise en demeure

  • Interruption de la prescription : un nouveau délai de 5 ans (B2B) ou 2 ans (B2C) repart à compter de la date d’envoi.
  • Mise en demeure officielle de payer : le débiteur ne peut plus prétendre ne pas avoir été informé de l’exigibilité de sa dette.
  • Préalable quasi-obligatoire à la procédure judiciaire : le juge vérifiera qu’une tentative amiable formelle a précédé la demande.
  • Déclenchement des intérêts moratoires : dans certains cas, la mise en demeure fait courir des intérêts supplémentaires.

Forme obligatoire : LRAR ou LRE

Pour avoir une valeur juridique, la mise en demeure doit être envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) ou lettre recommandée électronique (LRE). Un email — même avec accusé de lecture — n’a pas la même force probante et ne constitue pas une mise en demeure au sens juridique. Conservation impérative de l’accusé de réception signé.

Contenu minimum de la mise en demeure

  • Identité complète des deux parties (créancier et débiteur).
  • Références précises des factures (numéros, dates, montants TTC).
  • Montant total réclamé : principal + pénalités de retard calculées (12,15 %/an S1 2026) + indemnité forfaitaire 40 € par facture.
  • Rappel des relances précédentes (dates d’envoi).
  • Délai accordé pour payer : 8 jours est la pratique standard.
  • Mention de la procédure judiciaire envisagée en cas de non-paiement dans le délai.

 



6. Peut-on envoyer une mise en demeure sans relance préalable ?

Oui — c’est légalement possible. Dans certaines situations, c’est même la bonne stratégie :

  • Mauvaise foi évidente : le client a explicitement refusé de payer sans motif valable.
  • Urgence de trésorerie : vous ne pouvez pas vous permettre d’attendre 3 semaines de relances.
  • Montant très faible : une séquence de 3 relances coûte plus en temps et ressources que la créance elle-même.
  • Délai de prescription imminent : une mise en demeure interrompt la prescription — à envoyer sans attendre si l’échéance de prescription approche.
  • Procédure collective suspectée : en cas de risque de liquidation imminente, chaque jour compte.

En revanche, pour un bon client habituel qui a un premier retard, envoyer une mise en demeure d’emblée risque de dégrader la relation sans nécessité. Dans ce cas, une ou deux relances rapides sont préférable.



7. Trop de relances : les risques concrets

On pense souvent que multiplier les relances améliore les chances de paiement. C’est faux — au-delà de 3 relances, l’effet inverse se produit.

Le débiteur apprend à ignorer

Un débiteur qui reçoit 5, 6, 7 emails de relance sans conséquences concrètes intègre que les relances ne sont pas suivies d’effet. Il développe une tolérance au bruit. Il déprioritise vos factures chaque semaine. Votre procédure devient prévisible — et donc facilement contournable.

Vous renvoyez un signal de faiblesse

Trop de relances sans escalade envoie un message involontaire : vous n’êtes pas prêt à engager une procédure judiciaire. Les mauvais payeurs professionnels utilisent précisément ce levier — ils s’attardent sur les créanciers qui relancent sans menacer, et règlent en priorité ceux qui passent rapidement à l’action formelle.

Vous perdez du temps précieux

Chaque semaine supplémentaire de relances est une semaine où la prescription court, où les actifs du débiteur peuvent être dissipés, et où d’autres créanciers plus rapides passent avant vous. En B2B, 5 ans de prescription semblent longs — mais les débiteurs de mauvaise foi organisent leur insolvabilité rapidement.

 

La règle des 3 relances maximum — résumé

Relance 1 → Relance 2 → (Relance 3 optionnelle selon profil) → MISE EN DEMEURE

Délai total : 15 à 30 jours selon le profil. Au-delà : vous affaiblissez votre position. La mise en demeure n’est pas une sanction — c’est le déclencheur légal qui vous permet d’accéder aux procédures judiciaires.

8. Relance 1, 2, 3 : les modèles prêts à l'emploi

Trois modèles d’emails calibrés pour les 3 étapes de la séquence standard.

 

Relance 1 — J+1 à J+3 (email cordial)

Objet : Facture n°[XXX] — Rappel aimable | [Votre société]

Bonjour [Prénom], en vérifiant nos encours, notre facture n°[XXX] de [montant] €, échue le [date], ne figure pas encore dans nos règlements. S’agit-il d’un oubli ? Pourriez-vous me confirmer la date de virement ? Merci, [Signature]

 

Relance 2 — J+7 à J+10 (email professionnel + appel)

Objet : Facture n°[XXX] — 2e rappel — pénalités en cours | [Votre société]

Bonjour [Prénom], notre facture n°[XXX] de [montant] € reste impayée. Des pénalités de retard de [X] € (taux 12,15 %/an) ainsi qu’une indemnité forfaitaire de 40 € (art. D441-5 Code de commerce) sont dues de plein droit. Je reste disponible pour un accord avant le [date + 5 j]. [Signature]

 

Relance 3 — J+15 à J+20 (dernier rappel avant mise en demeure)

Objet : DERNIER RAPPEL — Facture n°[XXX] — avant procédure | [Votre société]

Bonjour [Prénom], malgré nos précédents messages des [dates], la facture n°[XXX] de [montant] € reste impayée. C’est notre dernier rappel amiable. Passé le [date + 5 j] sans paiement, nous adresserons une mise en demeure officielle, préalable à une procédure judiciaire. [Signature]

 

Mise en demeure — par LRAR ou LRE (après les relances)

Madame/Monsieur, malgré nos relances des [dates], la facture n°[XXX] de [montant] € TTC demeure impayée. Par la présente, nous vous mettons en demeure de régler la somme de [montant + pénalités + 40 €] dans un délai de 8 jours à compter de la réception. Passé ce délai, nous saisirons la juridiction compétente (injonction de payer / référé-provision). [Signature]

9. FAQ sur le nombre de relances avant mise en demeure

Est-il obligatoire d’envoyer des relances avant une mise en demeure ?

Non. Aucune obligation légale n’impose d’envoyer des relances avant une mise en demeure. La loi n’impose pas de nombre minimum ni de délai préalable. Vous pouvez envoyer une mise en demeure dès le lendemain de l’échéance. Cependant, la pratique professionnelle recommande 2 à 3 relances pour des raisons stratégiques : preuve de bonne foi, relation client, taux de recouvrement élevé sur les cas d’oubli sincère.

Quel délai entre les relances ?

Aucun délai n’est légalement imposé entre deux relances. Le délai pratique recommandé est de 5 à 10 jours entre chaque relance, selon le profil du client. Pour un client B2B standard : J+1, J+7-10, J+15-20, puis mise en demeure à J+25-30. Pour un client à risque ou en mauvaise foi : les délais peuvent être comprimés à J+1, J+5, mise en demeure à J+10. L’essentiel est que chaque relance laisse au client un délai raisonnable pour réagir — mais pas assez long pour qu’il s’habitue à l’inaction.

La mise en demeure remplace-t-elle une relance ?

Non — ce sont deux actes de nature différente. La relance est amiable : elle invite, elle rappelle, elle laisse une porte ouverte. La mise en demeure est un acte juridique : elle interpelle officiellement le débiteur, interrompt la prescription, et constitue le préalable formel à la procédure judiciaire. Une relance peut être envoyée par email simple. La mise en demeure, pour avoir valeur juridique, doit être envoyée par LRAR ou LRE.

Peut-on envoyer plus de 3 relances si le client ne répond toujours pas ?

Vous le pouvez légalement — mais ce n’est pas recommandé. Au-delà de 3 relances sans escalade, vous renvoyez un signal d’inaction qui affaiblit votre position. Si 3 relances n’ont pas suffi, le passage à la mise en demeure est la bonne décision. Si vous souhaitez ménager un client important, une solution intermédiaire est de confier le dossier à DCN Recouvrement : le changement d’interlocuteur a souvent l’impact psychologique d’une escalade sans que vous ayez à mettre fin à la relation commerciale.

Doit-on mentionner les relances précédentes dans la mise en demeure ?

Oui, c’est recommandé. La mise en demeure doit rappeler les relances précédentes (dates d’envoi, canaux utilisés) pour montrer que le créancier a tenté de régler la situation à l’amiable avant d’escalader. Cette mention renforce la recevabilité de votre demande judiciaire ultérieure et démontre la mauvaise foi du débiteur si celui-ci prétend ne pas avoir été informé.

Conclusion

La question n’est pas tant combien de relances que lesquelles et à quel rythme. Deux à trois relances bien calibrées — cordiale, professionnelle, ferme — créent la pression nécessaire sans banaliser votre procédure. Au-delà, vous affaiblissez votre position. En deçà (mise en demeure immédiate sans contexte), vous risquez de braquer inutilement un client de bonne foi.

La mise en demeure n’est pas une sanction supplémentaire — c’est le déclencheur légal de la procédure judiciaire. DCN Recouvrement vous aide à calibrer votre séquence selon votre client, rédige votre mise en demeure officielle et prend en charge la suite si le paiement n’intervient pas dans le délai accordé.

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